Penser numérique. Principes premiers pour réfléchir la société en réseau.

Penser numérique. Principes premiers pour réfléchir la société en réseau.

J’ai bien apprécié vos commentaires et suggestions suite à la publication de mon dernier billet: gouvernance numérique pour une société en réseau. Je me rends bien compte que tout est dans les nuances. Votre apport m’aide à discerner mes angles morts.

Après avoir tenté de communiquer la perspective d’un acteur avec une culture internet (du réseau), ce que je tente d’accomplir ici est d’expliquer les fondements de ma réflexion. Pourquoi j’arrive à certaines conclusions qui ne sont peut-être pas si évidentes.

J’ai été invité à partager cette réflexion vendredi dernier auprès de l’équipe du nouveau ministère de l’économie, de la science et de l’innovation sous la ministre Dominique Anglade. J’ai cru bon prendre quelques notes pour me préparer, je vous partage ça ici.

Voici comment je résume le numérique. Je cadre ma réflexion en m’appuyant sur les trois vagues de Toffler.

  1. La vague agraire et des ressources naturelle: enjeux de production et d’accès
  2. La vague industrielle: enjeux additionnels de transformation et de distribution
  3. La vague de la connaissance: l’acquisition, le traitement et la diffusion de l’information comme moteur socio-économique

Il est important de comprendre que chaque vague s’ajoute à la précédente, elle ne la remplace pas complètement, c’est une multiplication, pas une soustraction. Le numérique est l’aboutissement systémique de la troisième vague: les ordinateurs, les données, internet, et tout ce qui s’ensuit, s’inscrit directement dans cette vague, l’amplifie et l’accélère.

Tandis qu’à l’ère des ressources naturelles, combinée à l’ère industrielle, la chaîne de valeur est principalement influencée par l’accès aux ressources ainsi qu’à leur transformation et distribution, à l’ère de la connaissance, les ressources numériques ont un coût marginal de reproduction ET de distribution. Ça change toute la  chaîne de valeur. Relire Bits and Atoms de Negroponte, publié en 1995 et Being Digital, publié il y a 20 ans, permet de considérer la vitesse à laquelle on intègre ces idées…

Les premières industries à souffrir le changement de la troisième vague ont étés celles ou la majorité de la valeur est créée par l’accès limité. Si l’accès, la reproduction et la distribution sont très faciles, ça change tout le modèle. On a ici des cas qui font aujourd’hui école: Google pour l’accès, Netflix pour la distribution. Je simplifie grandement, mais vous me suivez, n’est-ce pas?

La source principale de valeur à l’ère de la connaissance ce sont les cerveaux, les idées (et la capacité de les réaliser). Donc, c’est là qu’il faut investir le plus. C’est aussi là ou on a le plus grand déficit. C’est pour ça que la formule du plan nerd fonctionne si bien. Par opposition au plan nord qui ne se concentre que sur le paradigme des deux premières vagues, pas de la troisième.

À la question “où doit on investir” pour soutenir l’économie du 21ième siècle, je ne vois qu’une réponse évidente: en éducation! Les écoles, les universités, la  recherche et la formation continue sont les piliers du développement des cerveaux. On peut certainement imaginer de quelle manière l’éducation numérique ajoute à l’éducation classique, mais il n’en reste pas moins que sur le fond, c’est une priorité d’une évidence immense.

Ensuite, l’immigration. Ça mérite probablement un billet en soi, mais on va manquer de compétences dans plusieurs domaines, on ne pourra pas rattraper complètement notre retard, alors il faut complémenter. Et on est bon là dedans l’immigration, surtout si on se compare à la plupart des pays et régions de l’OCDE. Me semble, corrigez-moi si je me trompe.

Si les humains (et leurs cerveaux) sont la ressource première de l’économie (et la société) en réseau, si le savoir s’amplifie et s’accélère par le numérique, l’autre grande priorité c’est de prendre soin des humains. Bien prendre soin des tout-petits, des vieux, des malades, des poqués, des atypiques, de ceux en transition, de ceux qui  se cherchent, de ceux qui subissent les ressacs de la mondialisation et du changement de vague… Pas mal de tout le monde quoi. Ce sont les innovateurs et les entrepreneurs d’aujourd’hui.

Ensuite, de l’écosystème des startups, se permettre de se faire contaminer positivement avec cette culture d’expérimentation, d’itérations, de planification avec en tête un ajustement constant, agile plutôt que waterfall. Soutenir les PMEs parce qu’elles sont les éléments reconfigurables de l’assemblage nécessaire à l’ère de la société en réseau. Bombardier c’est un mainframe. Ça nous en prends quelques-uns, mais l’émergence et le renouveau ne viendra pas de là.

Considérer passer d’un système de plus à une économie du mieux. Parce que sans cesse plus, à terme, surtout sur des ressources limités, ça commence sérieusement à faire moins. Profiter du fait qu’en numérique, ré-utiliser c’est assez facile et peu coûteux. Logiciels libres, standards et données ouvertes. Ou mieux: publiques. Des investissements publics devraient générer des logiciels publics et des données publiques. C’est pas mal niaiseux que tout le monde profite des logiciels libres sauf les gouvernements. J’en ai déjà parlé longuement ailleurs. C’est aussi pas mal contre-intuitif de ne pas réutiliser (ou au moins partager) au ministère de la culture, de la santé et de l’éducation ce qu’on apprends et l’on développe au ministère de l’économie…

Finalement, dans mes notes éparses, j’ai cette notion de consultation publique. Parce que l’enjeu du passage à la société en réseau, parce que le numérique c’est tout, software is eating the world comme disait l’autre. On ne peut pas décider derrière portes closes, avec quelques acteurs invités, même si j’en suis, de ces enjeux d’une importance nationale. On parle bien ici d’assises nationales du numérique. Une consultation publique bi-directionnelle, pas pour écouter et faire taire, pour collaborer et profiter des forces vives du Québec en entier.

Parce qu’on doit se poser des questions difficiles. Ensemble. Par exemple: qu’est-ce que c’est l’industrie des TI(C) quand l’informatique est partout? Pourquoi on a un ministère des mines, un ministère des transports mais pas un ministère du réseau en 2016? L’accès au réseau c’est essentiel au 21ième siècle. Et de la même manière que la ligne électrique, téléphonique ou la route ne se serait pas rendue partout ou elle devait jadis sans une forte directive gouvernementale, ainsi en est-il du réseau “pas rentable” aujourd’hui, partout presque au Québec (même dans les grands centres urbains).

Je me dois de conclure ici pour l’instant, il se fait tard et j’écris sur du temps emprunté à ma nuit. Mais je vous reviens là dessus, parce que ça fait 20 ans que j’y pense et qu’on va passer les 20 prochaines années là dessus…

 

Du numérique au Québec, plan, programme ou principes?

Nous l’avions déclaré en 2012 avec les 13 étonné(e)s: le Québec était en retard. Qu’il était important d’agir rapidement. Sous un gouvernement péquiste, il nous semblait que le fait numérique n’était pas reconnu. J’écrivais à l’époque:

Ma vision des prochaines étapes passe par un manifeste et la formation d’un groupe qui est à la fois une mine de ressources et de créativité mais aussi un chien de garde et un veilleur. J’aime beaucoup la manière dont les différents groupes autour de l’ouverture des données à Québec, Montréal et ailleurs au Canada et dans le monde ont collaborés avec les administrations publiques pour faciliter la transition. Au lieu de juste se plaindre, on participe à régler le problème. C’est tout à fait l’éthique des logiciels libres et la culture internet. Il faut mettre en place une structure auto-portante et qui s’auto-organise pour qu’elle soit pérenne. Des manières de faire qui fonctionnent à 2-3 collaborateurs ou à 456 collaboratrices.

Ce n’est pas ce qui s’est passé. Mais de fil en aiguille, d’un gouvernement à un autre, question de timing ou d’opportunité, l’idée d’un plan nerd fait du chemin. Mais entre la citation et l’action, il y a tout un gouffre. Surtout pour des structures lourdes et traditionnelles comme les gouvernements. Lorsque que la semaine dernière le premier ministre Philippe Couillard, le ministre Jacques Daoust et le député André Fortin ont annoncé la création d’un groupe conseil et le lancement des consultations en économie numérique, on aurait pu conclure que “ça avance”. On a même annoncé des consultations publiques sur internet, début 26 octobre (je vous mets le liens quand je le trouve).

Marion Asselin a réagi rapidement avec un billet vendredi: Oubliez la stratégie numérique. Je ne suis pas toujours d’accord avec Mario, mais sa lecture de l’annonce en dit long sur sa perspective (on est loin de la coupe aux lèvres):

Moi qui pensais que nous étions dans une certaine urgence tant au niveau des conséquences sur l’emploi ou sur l’économie du fait de n’être absolument pas préparés à ce qui arrive… J’en tombe en bas de ma chaise!

Quand j’entends que le gouvernement veut «prendre son temps» treize mois après avoir promis un virage numérique, je comprends qu’il ne sait pas quoi faire et qu’il cherche comment procéder exactement. Ça donne ce que ça donne: des gestes isolés et des annonces à la pièce.

J’ai été invité à participer à ce groupe conseil (liste complète disponible) et j’ai accepté d’y participer malgré les problèmes connus de ce genre de processus (comme par exemple, l’absence d’économistes au sein du groupe, ou la combinaison de l’ampleur de la tâche et peu de temps pour y arriver afin d’avoir des recommandations pour le budget 2016, ça c’est d’ici la fin de l’année). J’ai une approche collaborative et constructive donc si on m’invite à participer, j’ai tendance à dire oui. Je considère que c’est plus facile à changer un système si on y participe et on le comprends, mentalité de hacker je suppose.

J’estime que l’équipe qui travaille le dossier au MEIE (Ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Exportation) a fait un bon travail de recensement de ce qui existe ailleurs. Nous avons révisé un document synthèse de d’une vingtaine de pages (qui sera public bientôt j’espère) pour évaluer si d’un point de vue économique le tour d’horizon était complet.

Table des matières, groupe de travail économie numérique du QuébecOn a eu 3 sessions de travail pour discuter de ce document, en fait en réviser le contenu. Mon plus grand problème avec ce processus, c’est qu’il est optimisé pour la mauvaise chose: discuter de ce qu’il y à dedans… Je suis certain que c’est une erreur d’y aller par secteur (économie, culture, éducation, santé) mais l’économie (via le ministre Daoust) a pris la pôle position notamment parce qu’ils étaient “un peu plus prêts que les autres” pour aller de l’avant (sauf la culture, qui a déjà annoncé un premier pan du programme et même la suite).

En fait, mon plus grand problème à discuter ce qui est dans le programme, c’est le processus pour discuter tout ce qui n’est pas dedans. Cette impression que “ça avance” mais avec quelque chose qui manque. Avec la conviction que l’approche sectorielle/traditionnelle ne va que renforcer les défauts de ce qu’on a déjà. Je crois que le groupe de travail actuel a quelques forces, mais beaucoup de faiblesses, parce que la représentativité est très classique et industrielle. Une de mes questions fondamentale: c’est quoi l’industrie des TIC si tous les secteurs d’activités sont touchés par les TIC? Si “le logiciel mange le monde” on n’a plus de représentation sectorielle spécifique…

J’ai l’impression que le processus en cours périlleux, on part de documentation/énoncés et on travaille ça petit morceau par petit morceau. C’est la meilleure manière de noyer le poisson. De passer à côté de l’essentiel.

On doit passer de l’étonnement, à l’indignation à la… résignation. Ça va être beaucoup, beaucoup de travail. Est-ce qu’on est prêt à y consacrer des centaines d’heures dans les prochaines années? Ça ne va pas se faire en bas de ça. On peut se demander comment on s’organise pour pouvoir y passer toutes les heures nécessaires sans que ça soit au détriment de ce qu’on doit faire d’autre dans la vie (au plan professionnel et personnel). Mais c’est une vocation pour moi, une mission. Je ne peux pas faire autrement.

Je vous déclare que je suis officiellement “post-plan”. On aurait dû avoir un plan, on ne l’a pas eu. Maintenant on va avoir un “programme”, ça ne va pas aller de soi. Je suis pas mal convaincu que le “P” sur lequel on doit travailler ce sont les “principes”. Sans ces principes directeurs, sans “direction” numérique, tout le reste du programme c’est de la poudre aux yeux ou du processus qui va nous prendre tout notre jus dans la conversation au lieu du progrès. Je veux éviter cette “trappe” parlementaire/politique. Je vais donc concentrer mes énergies à établir/énoncer les principes qui vont guider et accompagner tout le reste de la réflexion et de la mise en action.

En quelque sorte, autant que j’apprécie toutes les questions de Michel Cartier sur http://www.21siecle.com/ je crois que pour aller de l’avant, il faut prendre les questions et proposer des réponses. Les réponses ne seront pas parfaites, mais avec les bons principes, nous serons en mesure de les améliorer avec le temps. Ça sera donc ma quête cette semaine, arriver avec cette liste de principes, qui pourront servir à filtrer/trier/discuter des mesures à mettre en place. En anglais (et chez les geeks) on a ce principe de straw man proposal. Incomplet et possiblement faux, mais on commence avec ça pour amorcer la discussion pragmatique. 

Le défi majeur c’est que la culture numérique est itérative, et que les processus en place au gouvernement ne le sont pas. Il faut statuer d’avance pour que tout le reste de la machine puisse suivre, en modèle waterfall. Il n’y a presque plus personne qui suit ce modèle, mais c’est celui qui dicte le processus décisionnel des budgets, des décrets, des lois et des actions qui seront prises par le gouvernement du Québec en 2016. Je ne suis pas celui qui va hacker le processus, du moins pas cette année. C’est là mon dilemme.

Est-ce que je participe à un processus imparfait auquel je n’ai que peu d’impact? Ça me semble mieux que de ne pas y participer. Je crois aussi fermement que d’y participer ensemble, c’est à dire en public, par le biais de mes écrits et de mes conversations avec vous, ça ne va qu’améliorer le processus. Je prends la chance, c’est trop important.

Le “pourquoi” est tellement plus important que le “comment“. Faire du sens n’est pas facile (ou rapide). Avant de se faire remplacer par de l’intelligence artificielle, j’aimerais bien qu’on puisse démontrer notre intelligence humaine. Quoi que, le futur étant à court terme possiblement une combinaison des deux, j’aimerais au moins qu’on puisse mettre en place une logique aussi solide que celle des meilleurs programmes d’apprentissage machine. Que si une machine pensante venait à poser la question du “pourquoi“, on ne se retrouve pas avec une erreur 404 (pas trouvé de source) comme seule réponse…

Donc je vais travailler à établir cette liste de principes et la partager avec vous pour lire votre perspective. Pas si compliqué non plus, j’ai déjà plusieurs pistes: accès, réseaux, participation, collaboration, ouverture, soutien, renouveau, appropriation. Maîtres chez nous, version 21ème siècle. Après Hydro-Québec: Réseaux-Québec.

À suivre très bientôt.

 

Le plan nerd, version #ForumQc

Le texte de mon allocution de dimanche passé au Forum des idées pour le Québec.


 

Bonjour mon nom est Sylvain, je viens de l’internet.

J’ai écouté avec attention toutes les conférences cette fin de semaine, et je remercie M. Audet pour son tour d’horizon.

Mais je veux vous jaser d’internet 10 minutes avant d’ouvrir la conversation avec vous. L’internet, on pourrait dire que je suis tombé dedans quand j’étais petit.

Je suis né à Rimouski, mon père était programmeur-analyste chez Québec Téléphone.

J’ai toujours été nerd.

Avec des lunettes pis toute, premier dans le rang d’école, choisi dernier pour l’équipe de ballon chasseur.

Je vous raconte ça pour vous donner le contexte, j’ai grandi avec des ordinateurs, qu’on apprenait à programmer dans les magazines américains qu’on allait emprunter à la bibliothèque de Châteauguay.

Et cette idée de pouvoir “faire” des programmes, d’apprendre comment ça marche en les modifiants, en se rendant compte de ce qui ne marche pas aussi, ça m’est toujours resté.

En plus, je suis un curieux compusilf. Furieusement autodidacte.

Quand j’ai découvert internet au début des années 90, je n’en revenais pas.

Un livre qui n’avait pas de dernière page. Il y en avait toujours plus à lire.

Je suis de la culture des premiers hackers internet, ceux du MIT à Boston et du SAIL à Palo Alto.

C’est gens là étaient les plus brillants scientifiques de multiples domaines, qui ont gravité vers les “ordinateurs” pour résoudre les grands problèmes de l’humanité.

Et ces grands esprits (vous pouvez lire leur histoire “where the wizards stay up late”), ont appliqué la méthode scientifique à cette informatique émergente.

Pendant qu’il étaient en train d’inventer les bases du réseau des réseaux, il est arrivé une autre chose intéressante. Dans la Silicon Valley, comme on commençait à la nommer, un modèle d’investissement de capital privé se mettait en place, pour capitaliser (et commercialiser) les recherches, très souvent issues de fonds publics.

Saviez vous que le père du capital de risque moderne était un français? Georges Doriot. Vous lirez “Creative Capital”.

Et c’est cette combinaison extraordinaire qui a fait de la Silicon Valley ce qu’elle est, les entrepreneurs sont des scientifiques, des ingénieurs, soutenus par le capital intelligent (on espère).

Je vous raconte ça pour vous donner du contexte.

J’ai été travailler deux fois en Californie. Je suis revenu deux fois aussi. Je ne sais pas si jamais 2 sans 3 s’applique ici, seul le futur nous le dira.

Mais sans blague, si j’ai quitté San Francisco, ma deuxième ville préférée au monde, après Montréal, et si j’ai quitté Twitter, ou j’ai assez bien payé merci, on a même eu un IPO, si je suis avec vous ici ce matin c’est parce que je suis un hacker.

Hacker, dans le sens positif là. Et il n’y a rien de plus attirant pour un hacker qu’un système qu’il faut développer (et ou débugger).

Un hacker, ça jubile quand ça trouve un problème que tout le monde s’accorde pour dire qu’il est impossible à régler.

Vu que ça veut régler des problèmes impossibles à régler, ça prends tous les moyens nécessaires.

Entre autre, ça veut dire que ça demande à tout le monde, comment tu ferais ça toi? Pas parce que ce sont des socialistes aux cheveux longs, mais parce que ce problème là, il va le régler. Il a besoin des autres pour le régler. Le plus grande humilité intellectuelle commence avec “je ne sais pas”.

Pour manger tout un éléphant, on commence par une bouchée. Un hacker, ça divise les grands problèmes en plus petits problèmes. ÇA se fait une liste des “bugs” des trucs à régler. Ça tente de les reproduire.

Un bug qu’on ne peut pas reproduire, c’est un code 14 (entre la chaise et le clavier). Ça règle les bugs un par un.

Ça ajuste ça liste constamment, parce qu’on découvre en cours de route plein de choses qu’on avait pas imaginé.

C’est pour ça que c’est ridicule les évaluations des projets informatiques.

C’est comme demander, combien de temps ça prends pour construire un véhicule, ça coûte combien? Une trotinnette ou un F18?

Souvent quand on parle d’innovation, j’ai l’impression qu’on se dit que ça nous prends un “véhicule”…

Ça n’aide pas. Ça prends essentiellement une méthode.

C’est ça que j’ai appris depuis 20 ans, dans mes compagnies et chez Twitter, et c’est ce que j’enseigne à mes startups à FounderFuel.

350 compangies ont appliquées cet automne. On en a choisi 8. Beaucoup d’ailleurs. Qui veulent rester ici d’ailleurs. Ça montre l’intétêt.

Donc une méthode. Ça ce virus que je vais tenter de vous transmettre.

Faites attention, je suis un hacker, vous l’avez peut-être déjà sans le savoir 😉

Pourquoi Twitter, sérieusement qui l’aurait cru, pourquoi cette compagnie vaut maintenant 32 Milliard?

Elle optimise au maximum toute les méthodes des hackers pour créer une immense valeur à partir de rien.

Ben pas de rien, à partir de cellules grises. C’est super renouvellable en plus comme matière.

C’est pour ça que je parle de “Plan Nerd” plutôt que de “Plan Nord”.

L’ère industrielle et des ressources naturelles, c’était le 20ème siècle. Ça ne va pas disparaitre.

Mais il s’ajoute toute une couche additionnelle de valeur, Michelle Blanc avait de bons chiffres hier.

On ne peut pas ne pas profiter de cette nouvelle richesse.

Je disais hier à la blague, l’économie ça ne m’inquète pas.

Je n’en reviens pas qu’on donne tant d’efforts pour réduite les dépenses par rapport à augmenter les revenus. L’un n’exclut pas l’autre, je le sais bien, mais me semble qu’on pourrait au moins mettre des efforts égaux.

La mine qui va nous sortir du trou (ok, mauvaise métaphore), la matière première de l’ère du savoir, de la société en réseau, elle n’est pas dans le sol, elle est dans la tête des Québécois.

Et pis là, on est tous en réseau. Il faut apprendre à travailler ensemble. À collaborer. Sinon, on va passer à côté.

Sinon on va manquer la bateau et devenir un pays du tiers monde numérique.
Je ne veux pas ça. Vous non plus. Pis le bateau, il a déjà commencé à quitter le quai.

15% du 21ième siècle est déjà passé.

Alors j’ai besoin de vous. Comment on collabore ensemble?

Comment on fait la liste des “bugs” du Québec?

Est-ce qu’on les comprends. On les priorise.

On les règle un par un. Ensemble.

On se donne des métriques publiques. Redevabilité.

On se donne un plan, on décide ou on s’en va,

Et on commence à manger l’éléphant, une bouchée à la fois…

Merci.

Montréal.

Après avoir publié l’énigme du retour et le retour (ceci n’est pas une métaphore), je peux maintenant vous donner un peu plus de détails. J’ai aussi publié mon mot départ de Twitter (en anglais) si ça vous intréresse.

J’ai toujours été “de Montréal”, même au loin. Je savais que j’étais parti, “pour un temps”. Pas pour toujours. Pour moi, c’était une question d’aller vers l’avant, d’aller plus loin. Twitter aura été formidable. Ce que j’ai appris au cours des deux dernières années est inestimable. Les gens, les projets, la vision, l’exécution. À une échelle et une intensitée incroyable. Un IPO. Quand même.

Je me demandais, sérieusement, pourquoi et surtout comment je pourrais revenir à Montréal. Qu’est-ce qui pourrait bien me faire grandir, après Twitter? Je savais que j’avais la fibre des startups en moi, mais j’étais loin d’être certain que la suite serait de redémarrer une autre fois.

Et cette idée de multiplication, d’être plus méta qu’unique, d’être au niveau de l’écosystème, plus large, plus efficace probablement, d’avoir cette vision pluri et multi…

Je ne cherchais pas. Mais quand JS m’a demandé si je pensais pouvoir contribuer aux startups de Montréal, via l’extension de Real Ventures (fond 3), si je pouvais me projeter dans ce rôle, je dois avouer, il avait planté le germe, inoculé le virus de mon retour… On se connaît depuis des années. Je suis sur le conseil d’administration de la fondation OSMO avec Alan et  John, qui m’a pitché l’idée la maison Notman à peine quelques semaines après son arrivée à Montréal (en 2007), on ne savait pas encore que ça deviendrait, mais l’idée était déjà là…

Et quand j’ai combiné toutes mes années de co-fondateur (mettons 4 compagnies sur 10 ans), mon intérêt certain pour l’innovation et mon dévouement à cet écosystème, ma vision pour une société en réseau, pour un plan numérique pour le Québec, mes multiples implications dans le terreau fertiles (et alpha) des la technologie à Montréal (et ailleurs)… c’était juste trop beau pour ne pas être vrai. Du genre de truc qui se présente et qu’on ne peut pas manquer, qu’il ne faut pas laisser passer.

C’est donc avec grand plaisir que j’annonce mon retour à Montréal en septembre, comme associé chez Real Ventures et gestionnaire du programme FounderFuel. Très hâte de me replonger activement dans la scène Montréalaise des startups, de retrouver cette communauté, que je n’ai jamais vraiment quittée…

Le plan numérique: l’ère de la société en réseau

J’ai co-signé il y a quelques jours un texte publié par l’institut de gouvernance numérique. Fondé par Jean-François Gauthier (du collectif démocratie ouverte) et sous la co-présidence d’honneur de Michel Cartier et Claude Béland. L’organisme se donne comme premier projet une consultation pan-Québécoise qui culminera en avril 2014 par trois jours d’assises nationales du numérique.

J’ai décidé de m’associer à l’IGN entre autre parce que je suis convaincu que l’engagement civique est un devoir et un privilège. Ma motivation première est celle d’un appel au service du Québec, de nature patriotique au sens premier, celui de l’attachement de coeur et d’esprit à sa patrie. Mon exil californien, s’il m’éloigne géographiquement, contribue à approfondir ma réflexion sur la société en réseau, en général, et celle du Québec en particulier.

À l’automne dernier, suite à un appel de Claude Malaison qui me demandait si j’étais intéressé à faire partie d’un groupe de réflexion dans l’élan des conversations des dernières années pour un plan numérique québécois, nous avons entamé un exercice de collaboration et de consensus à 13 voix, ce qui n’est pas une mince affaire, surtout quand ce sont de grandes gueules avec de fortes opinions (j’en suis coupable, et fier). Ce groupe de réflexion a mené à la publication d’un rapport d’étonnement, mais de manière plus personnelle, à une prise de conscience du chemin à faire.

Je dois vous avouer que je n’aime pas le terme numérique. C’est probablement parce qu’il est flou et peut donc représenter un peu n’importe quoi. De la même manière qu’économique, philosophique ou artistique, l’adjectif peut se servir à toutes les sauces et en perdre sa saveur distinctive. Je préfère l’expression la société en réseau pour synthétiser les attributs culturels et moraux qui représentent ma compréhension des enjeux critiques auxquels la société Québécoise doit faire face. Mais numérique est bien pratique, il fait un certain consensus et permet de représenter, principalement par opposition à analogique, l’ensemble des impacts sociaux causés par l’informatique.

Numérique aussi comme étiquette de cette troisième vague, celle de l’information. C’est cette rupture, de l’ère industrielle à l’ère de l’information, qui fera déferler les tsunamis et trembler la terre. Les secousses sismiques sont déjà présente depuis des années, mais les effets prévisibles ne sont pas perceptibles à l’oeil néophyte de ceux qui n’y vivent pas au quotidien. C’est notre devoir de natif du numérique, ou du moins celui d’immigrants de la première heure, d’expliquer les courbes que nous décernons, des indices et des évidences, des intuitions et des convictions, de rendre visible et manifeste la réalité d’aujourd’hui et de demain.

Ce n’est pas là un acte divinatoire, c’est une perspective résultant de notre expérience, ce sont des évidences pour les habitants de la société en réseau. Comme la première tempête de neige à Montréal d’un nouvel arrivant qui aurait vécu toute sa vie en climat tropical, le choc est dans la migration, pas dans la destination. C’est normal pour ceux qui ont vécu tout leur vie en territoire nordique. C’est même réjouissant la neige. C’est amusant. Il faut certainement apprendre quelques réflexes hivernaux; on ne sort pas nu pied dehors pour aller chercher son journal sur le balcon (si on est abonné papier), on s’habille un peu mieux pour enfourcher son vélo (comme en ski de fond en fait) et on amène ses patins au lac, pas son maillot.

Ma participation à l’IGN c’est une des facettes de mon implication. Une des vraies questions, c’est après tout : pourquoi un plan numérique? Le numérique en soit, c’est neutre. Ma réflexion est loin d’être neutre. Je suis aussi impliqué dans un groupe de travail de Québec solidaire sur le numérique qui se pose la question du « pourquoi » et pas juste du « comment »…

J’ai participé à une première réunion du groupe de travail ce soir, ce qui a beaucoup aidé ma réflexion, permis de cristalliser une perspective solidaire du numérique. Faciliter l’accès au réseau, faciliter l’accès à l’information et l’accès au logiciel (libres idéalement). L’argent public devrait servir à l’accès public au réseau, à rendre l’information publique et aux logiciels publics. Si on ajoute la notion de justice et d’équité, on peux parler de solidarité numérique. C’est donc tout autant une question de valeurs, que d’idées, sinon plus.

J’ai co-signé il y a quelques jours un texte publié par l’institut de gouvernance numérique. Fondé par Jean-François Gauthier (du collectif démocratie ouverte) et sous la co-présidence d’honneur de Michel Cartier et Claude Béland. L’organisme se donne comme premier projet une consultation pan-Québécoise qui culminera en avril 2014 par trois jours d’assises nationales du numérique.

J’ai décidé de m’associer à l’IGN entre autre parce que je suis convaincu que l’engagement civique est un devoir et un privilège. Ma motivation première est celle d’un appel au service du Québec, de nature patriotique au sens premier, celui de l’attachement de coeur et d’esprit à sa patrie. Mon exil californien, s’il m’éloigne géographiquement, contribue à approfondir ma réflexion sur la société en réseau, en général, et celle du Québec en particulier.

À l’automne dernier, suite à un appel de Claude Malaison qui me demandait si j’étais intéressé à faire partie d’un groupe de réflexion dans l’élan des conversations des dernières années pour un plan numérique québécois, nous avons entamé un exercice de collaboration et de consensus à 13 voix, ce qui n’est pas une mince affaire, surtout quand ce sont de grandes gueules avec de fortes opinions (j’en suis coupable, et fier). Ce groupe de réflexion a mené à la publication d’un rapport d’étonnement, mais de manière plus personnelle, à une prise de conscience du chemin à faire.

Je dois vous avouer que je n’aime pas le terme numérique. C’est probablement parce qu’il est flou et peut donc représenter un peu n’importe quoi. De la même manière qu’économique, philosophique ou artistique, l’adjectif peut se servir à toutes les sauces et en perdre sa saveur distinctive. Je préfère l’expression la société en réseau pour synthétiser les attributs culturels et moraux qui représentent ma compréhension des enjeux critiques auxquels la société Québécoise doit faire face. Mais numérique est bien pratique, il fait un certain consensus et permet de représenter, principalement par opposition à analogique, l’ensemble des impacts sociaux causés par l’informatique.

Numérique aussi comme étiquette de cette troisième vague, celle de l’information. C’est cette rupture, de l’ère industrielle à l’ère de l’information, qui fera déferler les tsunamis et trembler la terre. Les secousses sismiques sont déjà présente depuis des années, mais les effets prévisibles ne sont pas perceptibles à l’oeil néophyte de ceux qui n’y vivent pas au quotidien. C’est notre devoir de natif du numérique, ou du moins celui d’immigrants de la première heure, d’expliquer les courbes que nous décernons, des indices et des évidences, des intuitions et des convictions, de rendre visible et manifeste la réalité d’aujourd’hui et de demain.

Ce n’est pas là un acte divinatoire, c’est une perspective résultant de notre expérience, ce sont des évidences pour les habitants de la société en réseau. Comme la première tempête de neige à Montréal d’un nouvel arrivant qui aurait vécu toute sa vie en climat tropical, le choc est dans la migration, pas dans la destination. C’est normal pour ceux qui ont vécu tout leur vie en territoire nordique. C’est même réjouissant la neige. C’est amusant. Il faut certainement apprendre quelques réflexes hivernaux; on ne sort pas nu pied dehors pour aller chercher son journal sur le balcon (si on est abonné papier), on s’habille un peu mieux pour enfourcher son vélo (comme en ski de fond en fait) et on amène ses patins au lac, pas son maillot.

Ma participation à l’IGN c’est une des facettes de mon implication. Une des vraies questions, c’est après tout : pourquoi un plan numérique? Le numérique en soit, c’est neutre. Ma réflexion est loin d’être neutre. Je suis aussi impliqué dans un groupe de travail de Québec solidaire sur le numérique qui se pose la question du « pourquoi » et pas juste du « comment »…

J’ai participé à une première réunion du groupe de travail ce soir, ce qui a beaucoup aidé ma réflexion, permis de cristalliser une perspective solidaire du numérique. Faciliter l’accès au réseau, faciliter l’accès à l’information et l’accès au logiciel (libres idéalement). L’argent public devrait servir à l’accès public au réseau, à rendre l’information publique et aux logiciels publics. Si on ajoute la notion de justice et d’équité, on peux parler de solidarité numérique. C’est donc tout autant une question de valeurs, que d’idées, sinon plus.

À lire aussi, mon billet précédent: Pourquoi un plan numérique pour le Québec?

Pourquoi un plan numérique pour le Québec?

Au début du mois de septembre 2012, suite à quelques appels et courriels, nous [1] avons décidé que le moment était opportun pour se rassembler autour d’une réflexion pour un plan numérique pour le Québec. L’idée est dans l’air depuis quelques années [2] et il nous semblait qu’après la tenu d’un GouvCamp [3], d’une journée consacrée au OpenGouv et d’un panel sur la démocratie ouverte à Webcom [4], de nombreux appels à la mobilisation [5] et même de l’étiquette “Plan Nerd” [6] pour relancer le débat, on avait assez de matière concrète pour faire avancer les choses.

Un paratonnerre

Entre vous et moi, pour l’instant, si on voulait écrire la page wikipédia avec la définition exacte de ce que c’est un plan numérique pour le Québec, on aurait beaucoup de difficulté. C’est une idée, un concept, une étiquette. Si on voulait être négatif, on dirait que c’est un fourre-tout. Mais c’est plutôt un paratonnerre. Nommer les choses, c’est se donner les moyen d’en parler. De se permettre de les définir. D’en préciser les contours. C’est un des exercices les plus important quand on fait l’architecture d’un système en informatique. C’est un des mécanisme les plus puissant dans la construction sociale. Nommer c’est déclarer, c’est prendre possession.

Un exercice de mise en commun

L’aspect le plus important de ce processus, c’est de permettre la discussion en public de ce que ça pourrait être un plan numérique pour le Québec. C’est un slogan tout autant qu’une étiquette. C’est le “maître chez nous” de la société en réseau du 21ième siècle. C’est le “vive le Québec libre” de l’ère internet. C’est le déploiement d’un meme dans les médias, qu’ils soient traditionnels, nouveaux, sociaux et/ou tout ça à la fois. C’est un hack culturel. C’est l’inoculation d’un virus sous forme d’idée. C’est un poteau sur lequel se font coller tous les tracts et affiches de propagande, de publicité, de manifestation et d’avis de chien perdu. C’est une conversation de bistro, à la grandeur de la province et du monde.

Une manière d’encadrer ma réflexion

C’est aussi un moyen de me faire écrire à 23h13, heure de San Francisco, quand j’aurais d’autre choses à faire (genre dormir)… mais que là, c’est trop important. On s’est commis ensemble et ensemble on est pas mal meilleurs que tout seul. Ce n’est pas juste mon côté socialiste qui dit ça, c’est un des hommes les plus puissants de la planète internet et informatique. Non, pas Bill Gates. Ni Steve Jobs. Linus Torvalds: avec assez de paires d’yeux, aucun problème n’est trop difficile (traduction très libre de ma part de with enough eyeballs, all bugs are shallow [7]). Qu’est-ce qui arrive quand les gens ont les moyens de faire des choses ensemble, sans (nécessairement dépendre des) structures organisationnelles traditionnelles[10]?

Faire ensemble

Certains vont déclarer que cette proposition est utopique. Ces gens n’ont jamais travaillé dans le domaine des startups internet. Quel système d’opération est utilisé par Google, Amazon, Facebook, Twitter? Pas celui de Steve ou de Bill. Celui de Linus. Mais avec un x, Linux. Comment est-ce qu’il en est arrivé là? Il a repris les meilleures idées des grands penseurs (et surtout) faiseurs (programmeurs) de la culture UNIX[8], de Berkeley en Californie au MIT à Boston. S’est approprié ces idées, de son université à Helsinki, pour créer un système d’opération. Mais surtout, il a décidé d’inviter tout le monde (via internet)à contribuer à son projet. Un hurluberlu nommé Richard Stallman avait codifié un contrat social mais pour les logiciels. Et Torvalds a pragmatiquement décidé que c’était une excellente idée de l’appliquer à Linux.

Pendant ce temps, en Suisse, au CERN[9], un autre nerd au grand coeur, assoiffé de science et de progrès, collabore à inventer un langage pour partager des documents de recherches et mettre en réseau les différents serveurs des universités et centres de recherche. Le protocole HTTP et le langage HTML sont nés. Ce sont encore ceux-ci qui rendent l’internet possible aujourd’hui (je simplifie beaucoup, ce ne sont pas les ressources détailles qui manquent).L’autre grande contribution de Linus Torvalds, moins connue mais toute aussi pragmatique et importante est l’invention d’un système de collaboration à grande échelle qui permet de gérer les différentes versions et de les intégrer ensemble: GIT. C’est le mécanisme sur lequel le plus important réseau social de développeurs de logiciels libres est fondé: Github.

Faire mieux

Je vous ai fait faire un petit détour historique et géographique, mais ce n’est pour mieux revenir au Québec. Même pour un instant entre mes deux oreilles, si vous me le permettez. Parce qu’entre vous et moi, parfois j’ai envie de laisser tomber cette idée. Mais elle m’obsède. Je ne sais pas pourquoi, ni comment, mais j’ai toujours eu cette cette obsession: être meilleur. Pas dans le sens compétitif de meilleur que l’autre mais un meilleur moi. De faire mieux. De ne pas accepter la situation présente comme une finalité, mais comme un point de départ vers un autre possible. Peut-être que c’était juste l’air du temps autour de moi dans les années soixante-dix.

Peut-être que c’est le mélange science-fiction et musique d’hippies. Avec ce mieux aussi, ce fier. Et ce nous. Qu’on pouvait être complémentaires. Que peut-être qu’ensemble, on avait plus de chances. Je dis ça comme si c’était facile mais non. C’est beaucoup plus de travail de bien faire les choses ensemble. Mais ça donne de plus grands résultats. Plus durables aussi. Je rêve de ça. J’ai espoir qu’on sache apprendre à faire de grandes choses ensembles. Peut-être en commençant par en faire des petites pour se pratiquer. Pour voir c’est comment d’écrire un texte à plusieurs et d’arriver à un consensus. De brasser des idées et d’arriver à quelques pistes.

Comment faire bouger les choses dans la bonne direction

Je ne sais pas comment ça va se passer. Je sais qu’on veut avancer. Je sais que de travailler à plusieurs ça demande des compromis. Je pense qu’on va avoir besoin de déclarer certains principes pour s’entendre sur l’essence. C’est culturel et économique, social et technologique. Mais surtout culturel, dans le sens de “cultiver”. Je sais pour en pratiquer l’art et la science, qu’une bonne carte, un bon plan d’où ou veut aller et les moyens de s’y rendre ça rends les grandes idées concrètes. Que de tracer le chemin et de planifier la route, à la manière des coureurs de bois ou des geeks nomades, de vraiment vouloir se rendre, ça place les priorités à la bonne place. Je suis certain que de répertorier les idées c’est bien mais qu’on en a déjà pas mal. Là n’est pas le défi.

On a plus besoin de capitaines de bateau que d’idées d’îles aux trésors. Vous aurez remarqué que j’ai spécifié “des capitaines” et pas “un amiral”. Je suis plus de l’école des “pirates” que de celle de la flottille militaire. Plusieurs petits bateau en eau peu profonde pour explorer. Quand même tous connectés par internet, on est en 2012. Carnet de blogue sur internet plutôt que carnet de bord en papier. Collaboration. Échange. Transparence. Ouverture. De biens grands mots, mais des principes qu’on retrouve dans tous les traités moderne d’innovation aux sein des entreprises à succès comme des mouvements sociaux qui ont un impact aujourd’hui. Il faut apprendre à travailler autrement. À réussir à faire des courtepointes à plusieurs plutôt que des soliloques. Plus cercle des fermières que Nelligan. Du moins, pas l’un sans l’autre.

Ce n’est qu’un début.

On commence avec un plan. Avec des idées, un remue-méninge en public sur internet. Pour ma part, je ne sais pas ou notre groupe va aller. On a tous des perspectives différentes sur les priorités et sur la manière d’avancer. Par contre, on est tous d’accord que le statu quo et l’immobilisme du Québec ces dernières années nous ont fait du tort, collectivement comme société et comme économie. Ma contribution sera probablement similaire à celle à d’autres mouvement techno/culturels/communautaires dans lesquels j’ai participé, comme FACIL, Ile Sans Fil, Alliance Numérique et plus récemment la fondation OSMO pour le projet de la maison Notman.

Ma vision des prochaines étapes passe par un manifeste et la formation d’un groupe qui est à la fois une mine de ressources et de créativité mais aussi un chien de garde et un veilleur. J’aime beaucoup la manière dont les différents groupes autour de l’ouverture des données à Québec, Montréal et ailleurs au Canada et dans le monde ont collaborés avec les administrations publiques pour faciliter la transition. Au lieu de juste se plaindre, on participe à régler le problème. C’est tout à fait l’éthique des logiciels libres et la culture internet. Il faut mettre en place une structure auto-portante et qui s’auto-organise pour qu’elle soit pérenne. Des manières de faire qui fonctionnent à 2-3 collaborateurs ou à 456 collaboratrices.

C’est possible. On sait comment faire. Il ne reste qu’à le faire.

Notes et hyperliens complémentaires

[1]: “groupe de travail bénévole” http://www.afroginthevalley.com/en/2012/09/groupe-de-travail-plan-numerique-quebec/

[2]: “mon premier article avec l’étiquette #PlanQc” https://pinboard.in/u:afroginthevalley/b:f3313253826e

[3]: “GouvCamp” http://www.gouvcamp.org/

[4]: “Panel sur la démocratie ouvert à Webcom” http://www.afroginthevalley.com/fr/2012/05/democratie-ouverte-webcom/

[5]: “Plan Numérique Québec” http://plannumerique.qc.ca/

[6]: “Le Plan Nerd?” http://www.afroginthevalley.com/fr/2011/10/plan-nerd/

[7]: “Linus’ Law” http://en.wikipedia.org/wiki/Linus’_Law

[8]: “Wikipedia:UNIX” http://fr.wikipedia.org/wiki/Unix

[9]: “Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire” http://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_europ%C3%A9enne_pour_la_recherche_nucl%C3%A9aire

[10]: “Here Comes Everybody “http://en.wikipedia.org/wiki/Here_Comes_Everybody

[11]: “La Java du Plan Numérique” http://www.afroginthevalley.com/fr/2009/03/la-java-du-plan-numerique/

[12]: “Être de gauche et pour l’entrepreneuriat techno” http://www.afroginthevalley.com/fr/2012/02/etre-de-gauche-et-pour-entrepreneuriat-technologique/

[13]: “Hacker la société” http://www.afroginthevalley.com/fr/2011/12/quoi-de-mieux-que-la-societe-au-complet-comme-systeme-a-hacker/

[14]: “La collaboration comme moteur d’innovation” http://www.afroginthevalley.com/fr/2011/11/la-collaboration-comme-moteur-dinnovation/

[15]: “Tous mes liens #PlanQc” https://pinboard.in/u:afroginthevalley/t:planqc/

[16]: “Communautique et le plan numérique” http://www.communautique.qc.ca/reflexion-et-enjeux/internet-citoyen/manifeste-plan-numerique.html

[17]: “Constellation W, préambule” http://www.constellationw.com/fr/pr%C3%A9ambule

[18]: “#PlanQc historique du mot-clic” http://topsy.com/s/planqc

[19]: “PlanQc archives des conversations” http://twitoaster.com/search/all/conversations/planqc/

La source de ce document est disponible à https://github.com/PlanQc/reflexion/blob/master/planqc-reflexion-sylvaincarle.md