The because effect…Bloguer par “à cause”…

L’effet “à cause de”, par opposition à “avec” (ou “par”).

Ou de l’abus de guillements pour expliquer que c’est compliqué. It’s complicated.

En fait pas tant que ça. Remarquez bien, quand on a écrit “Pourquoi Bloguer“, aucun chapître à propos de “bloguer pour bloguer” ou “bloguer pour être payé”. Oh que non. On blogue pour accomplir autre chose. C’est ça qui peut avoir l’air compliqué, si on ne comprends pas ce modus operandi.

(Note: je ne dis pas que c’est le cas de tout le monde qui blogue, mais d’un certain type de personne qui représentent, historiquement, l’idée qu’on se fait d’un blogueur).

On blogue pour influencer, pour vendre, pour informer, pour réseauter, pour se souvenir, pour apprendre, pour se définir, pour être vu, pour communiquer, pour provoquer. Il me semblait que cette litanie de pourquoi était assez éloquente. Mais puisqu’on a voulu apliquer le pourquoi d’ailleurs (des journalistes, des écrivains, des capitalistes, des poètes) au blogue, on dirait qu’on a manqué ce glissement (pas du tout un hasard) du “par” au “à cause”.

Je m’explique, accordez-moi quelque lignes, je vous fais une version TL;DR, avec plaisir:

Le blogue n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. Un effet de deuxième degré, pas du premier.

D’où l’erreur fréquente. Si la fin justifie les moyens et que le blogue est un moyen, toute analyse du blogue comme “fin en soi” est fausse. Pas si compliqué, non? Si vous avez encore quelques minutes, je vous déballe mon raisonnement, je soutiens (un tant soit peu) cette analyse…

Si je fouille un peu, je retrouve d’ou me vient cette piste: Doc Searls qui titre “the because effect“. Puisque c’est de l’archéologie de blogue, plusieurs liens cassent, mais on se retrouve sur un podcast de 2006 qui nous amène vers une analyse intéressante de cette progression (qui n’en est pas une). Il appert que les blogues ne sont qu’un cheval de Troie, un moyen pour se rendre ailleurs. Doc Searls, c’est aussi lui qui avait déclaré que “markets are conversations”… en 1999, c’était prescient à souhait.

Vu ainsi, la perspective de Marie-Claude, Arnaud et Pascal est plus facile à comprendre (on se tutoie et on “name-droppe” dans la blogosphère, on s’hyperlinke et on se cite aussi, ça fait plus chaleureux (et parenthèse dans la parenthèse, c’est parce que je les connais, hein, je fais parti de ce réseau social tissé serré qui se rencontre dans les 5 à 7, les yulbiz, les journées infopresse, à webcom, les cafés du plateau, les restos du mile-end, les débits de boissons ou on ne check-in pas sur foursquare et les lieux mythiques qui ne sont pas sur Google Maps, on se croit pas à peu près), fermez la parenthèse). Euh, j’écrivais quoi, déjà?

Ah oui, je voulais dire (écire) que si Martin, Michelle, Tristan, Marie-Chantale, Claude, Mario, Philippe, Marc, Martin et moi-même on a voulu écrire (afin d’être name-droppé) et réfléchir (afin d’être cité(e)s) et publier (afin d’être autorité)… ce n’était pas pour l’argent… au premier degré. Écrire, pontifier, conférencer, former, influencer, réseauter, c’est rarement payant au premier degré. Mais c’est comme les intérêts composés. Ça l’air niaiseux de même, mais quand on combine tout ça, ça fini par des articles dans La Presse, des invitations dans les médias tout ce qu’il y a de plus traditionnels (télé, radio) et une certaine “prestance” dans le “milieu”.

Je vous le concède, être dans le “milieu” quand on vient de la marge, c’est un peu s’amenuiser sur les bords. C’est diluer la pleine puissance de notre liberté en échange de plus de diffusion. Mais on ne fait pas sans. Aucun média n’est mort de son suivant. Ils s’additionnent. Alors si on calcule un peu, on ne se soustrait pas. On se multiplie. On trouve une bonne raison. On s’explique. On le fait. “On” aime ça, même. Sachant qu’on est média, on danse avec eux. Qu’ils soient Radio-Canada, Huffington Post, Branchez-Vous, Voir, Urbania, Métro ou autre. Tant d’autres. Et j’aime les lire, les écouter, les regarder. Gina, Laurent, Bruno (qui est plus médiatisé depuis qu’il n’est plus chez un média.), Ben, Kim, Christine, Laurent, Sebastien, Michelle, Chris, Fred, Alex, Patrick, Seb, Maxime, Pierre, Guillaume, Patricia, Yasha et tous les autres dont je n’ai pas la force de retrouver l’URL (#meta). Ils ne sont pas empires médiatiques. Ils sont “eux”. Ils sont média, mais pas complètement. Ils ont une finalité qui est autre. Un deuxième degré. Ou même un troisième.

Alors toute cette discussion blogueurs/journalistes (qui dure depuis trop longtemps)? Payé/Pas payé? Pas le bon angle. Ça manque l’essentiel à creuser dans le mauvais trou. Sérieusement, si ça m’énerve tant (depuis toujours) c’est parce que ça tombe à plat. On ne joue pas selon les même règles du jeu. Je sais, ça peut paraître injuste. Mais ce n’est même pas une décision consciente… C’est une question d’instinct. En 2000 quand j’ai eu à revenir de mon périple en Californie j’ai annoncé sur mon blogue que j’étais disponible. Ceux qui me lisaient m’ont trouvé. Engagé. Même chose pour les autres fois ensuite. Probablement aussi pour le futur, si ma théorie se tient. Pourquoi est-ce que je voudrais faire un salaire de journaliste si je peux utiliser ce moyen pour me procurer autre chose (mieux?).

Du même souffle, je dois avouer que les blogueurs comme journalistes, ça ne fonctionne pas. Ils ont des intérêts ailleurs. Ils souffrent de déficit d’attention chronique. Du manque de pas de temps. Ça refile du lien et de la citation, mais vraiment pas souvent du matériel original, ces blogueurs. Peut-être pas 100%, il y en a bien quelques un(e)s, originaux, allumés, avec une colonne de AdSense et autres pubs sur leur blogue, non c’est vrai, ça existe, j’en connais qui font les six chiffres par année via blogue, à Montréal, oui, oui. Ou juste par passion. Ça se peut aussi, tant que ça “fitte” avec leur style de vie. Ou leur modèle d’affaire. Ou que ça supporte largement leur effet secondaire, cet “à cause de”. C’est mon cas.

Mais en même temps, c’est faux. C’est aussi juste parce que ça me tente et que je peux. Faut pas négliger ça. C’est un moteur immense, je crois. C’est un fuck you bien gras à l’ancien adage que la liberté de presse appartenait à ceux qui avaient une presse. Aujourd’hui, c’est WordPress(e). Ou Drupal ou whatever. C’est un effet de levier possible. On est pas cons. On va s’en servir. En fait, ma principale stupéfaction c’est de constater de quelle manière il y a plein de monde, de grandes compagnies, de médias, de groupes d’intérêts, d’OSBLs, d’organisations culturelles, de gouvernements, de PMEs, de chercheurs, de scientifiques, d’artistes, d’auteurs, de réalisatrices, de musiciens, de poètes, de romanciers, de comptables, d’agents d’immeubles, de juges, de maires d’arrondissements, de partis politiques, de commerçants, de révolutionnaires, d’indignés, de féministes, de tous-les-ismes… qui s’en privent.

Ben, tant pis pour vous. Nous on va refaire le monde, en réseau, en publiant sur internet ce qui nous tient à coeur. Et si vous n’êtes pas là, c’est pas parce qu’on ne vous aura pas averti. Mais vous n’avez pas cette culture “numérique”, du “réseau”. Niaiseux. Si vous me l’aviez demandé, je vous l’aurais donné. Cette offre expire bientôt, si ce n’est déjà.

Pas grave. Ainsi soit-il. Alea jacta est. C’est à cause que. Même si ça vous choque. Anyway, vous allez même pas me lire, que je me dis (en espérant le contraire). C’est comme une bouteille à la mer. Multipliée par Google, Facebook, Twitter. Très drôle. Vraiment, très drôle. Au deuxième degré, bien entendu.

12 thoughts on “The because effect…Bloguer par “à cause”…

  • 2012/02/09 at 08:24
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    tiens une autre pierre à l’édifice:
    « Alors, encore une fois, qu’est-ce qu’un blogueur ?

    La différence entre un blogueur et un chroniqueur ou une personnalité qui publierait une tribune, c’est l’autopublication. Un blogueur est une personne qui publie ses chroniques sur son média personnel ou collectif. Point.

    Un blogueur qui écrit pour un média n’est plus un blogueur. Il est :

    – Soit un chroniqueur (c’est à dire qu’il publie des billets régulièrement à la demande du média, dans lesquels il donne son avis, son analyse, ou son témoignage)

    – Soit un journaliste (c’est à dire qu’il relate des événements)

    – Soit une personnalité qui souhaite se faire entendre. Ou que l’on invite à s’exprimer dans le cadre ponctuel d’un débat, sous forme de billet ou d’interview ré-éditée.

    – Soit un lecteur/utilisateur qui s’exprime librement dans l’espace contributif personnel qui est mis à sa disposition (ou via un formulaire) et dont les propos pourront être repris ou pas dans l’espace éditorialisé du site.»
    http://benoitraphael.com/2012/01/25/remuneration-des-blogueurs-le-faux-debat/

  • 2012/02/09 at 10:13
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    « être dans le « milieu » quand on vient de la marge, c’est un peu s’amenuiser sur les bords. » Vraiment ?

    Moi je trouve qu’allier comme tu le fais l’observation pespicace, la réflexion allumée et le sens de la formule, ce n’est pas une mince affaire.

    C’est toujours un plaisir de te lire et de t’endendre. (Ok, ça a l’air têteux de même, mais je m’en fous, je le pense.)

  • 2012/02/09 at 10:44
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    Effectivement assez pertinent comme point de vue, tout comme celui de Michelle sur son blogue d’aujourd’hui…Mais moi qui suis blogueuse à mes heures, chroniqueuse à CIBL et bien plus encore…je me dis que ces moyens me permettent avant tout de pouvoir m’exprimer sur des sujets aussi variés que les couches jetables ou les problèmes que rencontrent les hongrois avec leur gouvernement…une vrai sensation de liberté…Et ça n’a pas de prix…Si? Le mien n’a pas encore été déterminé en tout cas 🙂

  • 2012/02/09 at 11:51
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    Merci à Philippe pour le lien, si on lit plus loin que l’extrait fournit, on voit:
    «Dans les deux premiers cas, le rédacteur doit être rémunéré.»

    J’ai déjà dit que je ne serais pas contre un espace «blogues» sans publicités. Il me semble que cela serait équitable. Il y a de la pub à l’accueil, celle-ci mène à un billet non-rémunéré et la page permanente de ce billet ne contient aucune pub. Cela serait juste et bon et tout le monde irait en paix. 🙂

  • 2012/02/09 at 12:31
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    “Doc Searls, c’est aussi lui qui avait déclaré que « markets are conversations »… en 1999”. Voir Cluetrain pour une déclinaison complète.

  • 2012/02/09 at 21:53
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    C’est le 2ème billet que je lis de vous ( l’autre c’était celui sur l’entrepreneuriat et la gauche ) et je ne vous lis même pas en diagonale! Comme quoi bloguer, c’est un art. L’art de faire revenir ses lecteurs. merci.

  • 2012/02/10 at 11:05
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    Bon, j’ai finalement le temps de venir commenter. Après avoir pu prendre le temps de lire ton billet, avec toute l’attention nécessaire… Parce que il y a là beaucoup de “stock” et, je voulais être sûre de bien tout comprendre. Je penses que j’arrives finalement à te suivre, on va vérifier si c’est vrai.
    En fait, plus je te lis, plus j’ai l’impression que, sur la plupart des points, on dit la même chose!
    Tu fais ressortir comme et pourquoi le blogue n’est pas une fin en soi, et ne sont qu’un moyen pour se rendre ailleurs; ce que je m’efforçais de faire ressortir. D’accord aussi avec le fait que le côté “payé/pas payé” est un faux débat. Et je parlais, comme toi, du fait que simplement communiquer est un moteur d’une puissance incroyable, plus fort que l’argent. D’accord aussi pour faire ressortir que, contrairement à avant, tout le monde a la possibilité de publier, et de rejoindre beaucoup de monde. Exactement ce que tu soulignes quand tu écris:”C’est un fuck you bien gras à l’ancien adage que la liberté de presse appartenait à ceux qui avaient une presse.”
    Et puis, j’en arrive aux points où l’on ne dit plus exactement la même chose.
    Le premier, qui est aussi abordé dans le commentaire de Philippe Martin: les journalistes et chroniqueurs peuvent-ils QUAND MÊME être des blogueurs? Tu sembles dire: “en général non, sauf quelques exceptions.” Et Philippe Martin dit: “non, jamais.” Mais pourquoi pas? Je suis d’accord pour dire que, les journalistes, en général,sont ceux qui comprennent particulièrement mal la réalité des blogues. Mais autrement,qu’est-ce qui empêchera ultimement d’avoir des journalistes qui se comportent en “vrais” blogueurs? Et de toute façon qu’est-ce qu’un “vrai” blogueur? Qui décide de cela, et de quel droit? De la même façon qu’on se débat désormais avec les questions: qu’est-ce qu’un journaliste, et qui décide?…
    L’autre point qui me titille, c’est quand tu parles de tous les autres qui “n’ont pas cette culture «numérique»,du «réseau».” En fait, je finirais sans doute par être d’accord sur le fond, mais j’ai des problèmes avec ce ton d'”initié” face à tous ceux qui ne sont pas rendu aussi loin dans les réalités “2.0”. C’est exactement ce qui finit, je crois, par rebuter tellement de gens. Et qui contribue à entretenir l’idée que “tous ces trucs numériques, finalement ce n’est pas pour eux.” Alors que, bien sûr, c’est faux. Si on veut être un évangéliste quant à la nouvelle réalité des réseaux, il faut commencer par ne pas rebuter son public.
    Mais de ces aspects, on reparlera. sûrement…

  • 2012/02/10 at 13:54
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    Pour moi, le hic vient du fait qu’il y a de la pub sur les pages des blogueurs et que ceux-ci sont une majorité très large chez le HPQ. Donc majoritairement, le Huff obtient des revenus en échange de «visibilité gratisss».

    Hey bin. Ça me fait rire quand je lis que M. Henrard le fait parce que ça lui tente. Voyons donc! Un peu d’honnêteté diable! C’est plutôt pour avoir plus de lecteurs et peut-être éventuellement être repêché par La Presse ou Le Devoir comme chroniqueur. Tsé, pas fou le mec, il sait bien qu’un jour ou l’autre Foglia va mourir et il faudra le remplacer… Mais ce n’est pas juste parce que ça lui tente. C’est clair qu’il le fait avec un espoir que ça paye un jour. Perso, je trouve ça triste car pendant son attente, Pat White et les poignée d’autres recevront un salaire, eux. Et Arianna pourra continuer de se balader en Mercedes.

    Moi, je me fous des autres raisons/explications/changements de paradigmes à 2 ¢ qui ressemblent à de vaines explications (excuses) vides et tutti quanti. À la base, il y a quelqu’un qui profite d’un autre. En toute connaissance de cause pour les deux parties, soit, mais il y a profit d’autrui tout de même et juste pour ça, jamais je ne cliquerai un lien me menant vers le HPQ. Oui, j’ai des principes qui semblent d’une autre époque et j’en suis fort aise. Suivre mes convictions et mes valeurs m’a jusqu’ici toujours très bien servi dans la vie. Je ne vois aucune raison de changer cela.

    Svp, arrêtez les comparaisons boiteuses avec les pages Idées ou autre publications gratuites. Ceux-ci sont toujours occasionnelles. Bernard Landry écrit à l’occasion une lettre publiée dans la section «Opinions» des journaux. Pas à toutes les semaines ou même plusieurs fois semaines. C’est loin d’être la même chose.

  • 2012/02/10 at 14:31
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    Alex, vous avez tout faux. Je le fais parce que ça me tente. Point final. Lisez ce que j’ai écrit, pas ce que vous croyez que je pense. Ça me fatigue tous ces gens qui croient ceci ou cela à la place des autres. Loin de moi la prétention de vouloir remplacer Foglia qui, ceci dit en passant, est irremplaçable. J’écris ce que je veux quand je veux et où je veux. Si ça vous fait rire, tant mieux. Mais ne mettez pas en doute mon honnêteté, SVP.

  • 2012/02/10 at 18:18
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    M. Henrard, je ne vous crois pas une seule seconde quand vous dîtes n’avoir aucune autre raison que «ça me tente» et point barre. Désolé de vous fatiguez, je tiens à conserver mon esprit critique et mon doute face à un écrit.

    Cela a beau être votre parole, je ne la crois pas. Et vous savez pourquoi? Parce que ça me tente, tout simplement.

  • 2012/02/13 at 09:42
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    Alex, vous continuez à mettre en doute mon honnêteté… et ça… c’est malhonnête. Vous ne me fatiguez plus. Vous me faites de la peine.

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