Préambule de plan, introspection et salon à San Francisco

Je souffre de cette incapacité à raconter ce qui est important de manière prompte. J’ai presque envie de vous dire que c’est mon blogue et que c’est mon droit. Mais alors c’est à vous de décider de me lire.

Je vais vous demander d’être patient. Je vais faire quelques détours pour vous raconter d’où je viens pour accompagner ma réflexion sur où on devrait aller (collectivement). Dans le cadre de mon implication dans un groupe de travail pour un “plan numérique pour le Québec” mais plus largement dans le champs idéologique qui j’espère va nous permettre de devenir quelque chose comme un grand peuple. Si René Lévesque avait entamé son métier de journaliste au 21ième siècle, il aurait eu un compte Twitter et un blogue… Si Jean Lesage avait eu un mandat 50 ans plus tard, il aurait discouru d’internet et pas d’électricité. Voilà.

Ce soir, de mon salon à San Francisco, je pourrais vraiment avoir l’air d’un fan des Giants, à lire mes messages sur Twitter et Facebook (commencé à écrire ce billet dimanche passé). Mais non. C’est du mimétisme. Je ne suis pas profondément fan de sport. Même que j’ai toujours été relativement mauvais aux sports d’équipes, autant pour jouer que pour écouter. Toujours choisi dernier au ballon chasseur. Je suis un nerd. Toujours préféré lire un livre que de jouer dehors ou confronter mes semblables sur un thème hormonal.

Je vous écris ça comme ça, sans gêne, maintenant, mais il n’en a pas toujours été ainsi. J’ai dû apprivoiser ce que c’était d’être plus intelligent que fort. Pas que je ne soit pas niaiseux, ça m’arrive aussi. Mais disons que dès un très jeune age, il était clair que mon QI serait toujours meilleur que mon BMI. Les héros de mon enfance avaient tous un super pouvoir qui venait décupler leur force, leur rapidité, leur intelligence. Pas moi.

Je ne sais pas pourquoi, ni comment, mais j’ai toujours eu cette idée, ce virus, d’être meilleur. Pas dans le sens compétitif de “meilleur que l’autre” mais “un meilleur moi”. De faire mieux. De ne pas accepter la situation présente comme une finalité, mais comme un point de départ vers un autre possible. Peut-être que c’était juste l’air du temps autour de moi dans les années soixante-dix. Peut-être que c’est le mélange science-fiction et musique d’hippies.

Avec ce “mieux” aussi, ce “fier”. Et ce “nous”. C’était dans l’eau ou dans le kool-aid. En tout cas. J’ai compris que le gars qui était le chef d’équipe au ballon chasseur c’était aussi celui qui avait besoin d’aide avec ses devoirs. Que mon manque et le sien pouvait être complémentaires. Que peut-être qu’ensemble, on avait plus de chances. Je dis ça comme si c’était parfait mais non. Beaucoup de solitude devant un écran à cet age, déjà. Beaucoup de partage aussi. Première génération jeu vidéo (Atari) et ordinateur personnel à la maison (un clone d’Apple IIe).

Et si on accélère la trame du film de cette vie, parce qu’on peut (et que sinon c’est interminable, quand même) et qu’on fast-forward les années quatre-vingt (meilleur souvenir: le skateboard, D&D, le BASIC, les mixtapes sur cassettes et les VHS) et les années quatre-vingt-dix (le grunge, le modem, Photoshop, le HTML et les ordinateurs en réseau)… on se retrouve au 21ième siècle. Après le “bug de l’an 2000” là. Avec un téléphone dans la poche (pas encore intelligent) et la découverte de la culture internet et de celle des logiciels libres, pragmatiquement à sa source.

Ce soir, dans mon salon à San Francisco, sur le réseau avec vous, j’aimerais vous citer cette présentation de Tim O’Reilly (http://www.slideshare.net/timoreilly/language-is-a-map-pdf-with-notes/) qui m’est chère parce qu’en plus d’être un geek de naissance, j’ai étudié en littérature pendant quelques années. Il cite Edwin Schlossberg (que je traduit librement): “L’art de l’écriture est de créer un contexte pour permettre la réflexion”… Et je découvre sa perspective sur le language et sa manière de l’appliquer aux logiciels libres pour repenser, re-contextualiser, re-diffuser, révolutionner l’informatique.

Ce hasard heureux, sérendipité comme le nomment certains, cette émergence, cette étincelle sur le réseau qui s’est retrouvée dans mon champs de vision et de réflexion, illustre parfaitement mon cheminement au sujet de cette intelligence collective, de la co-construction, de la collaboration comme méthode (et philosophie) dudit 21ième siècle. Ce n’est pas qu’une histoire américaine. Elle se retrouve dans la nouvelle constitution de l’Islande, dans la dernière directive de la France, dans les meilleurs efforts Britanniques et dans les politiques culturelles Brésiliennes. Ma fibre de citoyen du monde et mon identité de Québécois vibrent en harmonie.

Ça fait maitenant 10 ans que j’ai pris ce bâton de pèlerin, que je prêche (un peu) dans le désert les vertues pragmatiques de l’open source. Du dévelloppement collaboratif. De la mutualisation. Que je cherche, creuse, lit, recherche, accumule, considère, re-considère. Que je partage, j’échange, je contribue, j’écoute, je rends possible, je réseaute, je pense, je repense. Je suis maintenant certain d’être surhumain, augmenté par le réseau. Pas invincible, pas supérieur, pas inéluctable. Mais reconnu, challengé, aiguisé. Comme le fer qui aiguise le fer. Confiant. Sharp.

Mon préambule est si long. Je vais l’éditer quarante fois en trois jours. Je vais le ré-écrire en 42 messages twitter au lieu de tous ces paragraphes. Pas vraiment (peut-être). J’y arrive, soyez patient (comme si vous aviez le choix). Je sais que plus court c’est mieux. Sommaire exécutif. TL;DR. Etc. Mais je suis né de poésie et de mots. De manifestes et d’insurrection. Plus #occupy que rapport annuel. Plus communautaire que business. Plus social qu’affaires. Pas que je ne sache pas “hacker” l’économie et l’entrepeneurship (ça serait bien mal me connaître). Mais je majeure en socialisme avant ma mineur en capitalisme, pour sûr.

Aujourd’hui, peut-être parce que j’ai quarante ans. Peut-être parce que de vivre à l’extérieur du Québec pour un bout de temps, peut-être parce que la distance force le recul. Probablement parce que je sens que c’est “maintenant ou jamais”. J’écoute du Paul Piché par YouTube. Quand même. J’aimerais savoir ce qu’il en pense. Aussi Dédé en entrevue par Patrice Lécuyer. Des grands pans de mémoire de mon Québec, de mon héritage, préservé presque par hasard sur un site Américain. Être ailleurs, ça vous rebranche sur l’essentiel de manière presque violente. Se définir par la différence, ça replace l’essence.

Ce soir, dans mon salon à San Francisco, j’aimerais vous faire comprendre à quel point je suis si loin mais si près. J’aimerais vous raconter de quelle manière tout ce que j’apprends alleurs c’est pour ramener à la maison. J’ai réussi à écrire le premier jet de ma réflexion sur un plan numérique pour le Québec. Mais pas ici. Ça viendra. Je vous partage ça, lundi sûrement. Ça traîne quelque part sur Github, si vous savez comment chercher, vous trouverez ma version tout croche avec des fautes et pas assez d’hyperliens à mon goût. Tout cela n’était qu’un préambule.

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