10 années de Real Ventures

Demain nous allons célébrer le 10ième anniversaire de Real Ventures. Même si ça ne fait que trois années et demi que j’y suis comme associé, ça fait plus que dix ans que ça se prépare. Je vous partage ici un texte que j’avais publié dans le cadre du rapport de l’écosystème de startups de Montréal de 2016. Il est encore plus pertinent aujourd’hui qu’alors, je crois…

Je me souviens clairement de cette rencontre en 2006 avec ce gars qui venait d’emménager à Montréal. Il cherchait à intégrer la communauté startup, je lui ai suggéré d’aller prendre une bière pour en discuter. Je souriais en lui expliquant qu’on était une petite communauté, une courte liste de gens à rencontrer, mais avec un grand potentiel.

Il y avait beaucoup à faire. Nous étions en mode « bootstrap » pour bâtir cette communauté et organiser les meetups, les déjeuners, les inconférences et les soirées de pitch. L’énergie, la passion, l’authenticité étaient au rendez-vous. Il manquait la masse critique. Je blaguais en disant qu’il fallait une plus grande densité, et qu’une bonne manière de l’atteindre serait de comprimer toutes les startups dans un petit espace, et voilà! Il a ébauché sur serviette de table une série de cercles concentriques, en parlant d’osmose, de briser les silos et des effets de réseau.

Quelques mois plus tard, dans un hôtel au coin de Saint-Laurent et Sherbrooke, un rendez-vous informel de la communauté, en plein coeur de la ville. Une fin d’après-midi sur une terrasse, un de ces moments magique de Montréal. J’ai réalisé après un bout de temps que notre groupe était en fait assez gros, beaucoup plus que je ne l’aurais pensé, et également très diversifié.

Nous sommes allés visiter une maison de l’autre côté de la rue, un vieux bâtiment patrimonial qui était tellement délabré qu’on y tournait des films d’horreur. L’idée folle, la réalisation des croquis sur la serviette de table, était de créer un OSBL afin de catalyser la communauté startup montréalaise. La première étape serait d’acheter cette vieille maison et d’en faire « la maison du web », une maison pour l’ensemble des startups technologiques, passées, présentes et futures.

Nous envisagions un futur grandiose. On ne comprenait pas complètement à ce moment-là que ce serait un énorme projet qui coûterait plus cher que prévu et prendrait pas mal de temps avant d’être vraiment terminé… La fondation OSMO a été créée en 2007, et la Maison Notman officiellement inaugurée en juin 2014. Brad Feld a écrit de façon notoire qu’une communauté startup prend normalement vingt ans à se construire. En 2014, quand je suis revenu habiter à Montréal, j’avais le sentiment que nous avions parcouru à peu près la moitié du chemin.

Je n’arrivais pas à croire que mon bureau allait désormais être dans une salle de la Maison Notman où avaient eu lieu tant de meetups, d’événements, de cocktails et de conversations incroyables. John Stokes, la personne que j’avais rencontrée quelques années auparavant, était maintenant co-fondateur et associé chez Real Ventures, un fonds de capital de risque actif au niveau du « seed stage ». Alan Macintosh, aussi rencontré à travers le conseil d’administration de la fondation OSMO, y était également. Un accélérateur de startups avait été mis sur pied, et la maison était pleine de compagnies en devenir, d’entrepreneurs et de groupes de la communauté. Il semblait y avoir tellement plus d’événements qu’en 2006, et tellement plus de projets réellement en développement. C’est finalement le troisième partenaire de l’aventure, JS Cournoyer, qui m’a convaincu un soir à San Francisco, après quelques bières au légendaire Magnolia que je devrais les rencontrer à nouveau bientôt à Montréal… the rest is history comme on dit.

En m’appuyant sur des données souvent anecdotiques, je savais que des centaines de startups appliquaient à l’accélérateur, quelques milliers d’invidus participaient au Startupfest à Montréal durant l’été, et que le niveau de participation aux activités startups à travers la ville était élevé. Quelque chose d’important était en train de se produire. Par contre, je ne pouvais toujours pas répondre à une question clé qu’on me posait à chaque entrevue, à savoir le nombre de startups à Montréal. Et peut-être plus important encore : pourquoi cette activité importe-t-elle ? Est-ce vrai que la « nouvelle économie » devient tout simplement « l’économie » ?

Nous avions besoin de données. De bonnes données, validées et fiables. Une méthodologie sérieuse. Des résultats qu’on pourrait partager, critiquer, mettre en perspective. Nous avons collectivement décidé que nous devions appliquer la méthode qui semblait être si e fficace : le faire nous-mêmes. Tous ensemble. Par la communauté, pour la communauté.

Et c’est vraiment cette mission et cette passion, pour et par la communauté, avec de grandes ambitions, et une grande humilité, ce désir de bâtir, soutenir, rendre possible ces écosystèmes nécessaires pour que les entrepreneurs se déploient à grande ampleur qui m’a convaincu de rejoindre Real en 2014. Conviction que j’avais déjà, avec des gens avec qui j’avais déjà depuis des années établi des liens de confiances, et qui en sont resté dignes depuis 10 ans.

Très fier aujourd’hui de pouvoir faire équipe avec eux, et de maintenant m’exprimer au “nous” depuis plusieurs années, plusieurs années. Et ceci étant écrit, on en a encore pour une bonne dizaine d’années à continuer sur la même lancée. Ça ne fait que commencer!


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