Lettre ouverte à l’ADISQ

Suite à la lecture de quelques articles dans les derniers jours, je n’ai pas pu m’empêcher de rédiger ce petit billet pour ajouter un peu de perspective (que j’espère éclairée) au débat…

Il est selon moi assez “parlant” de constater que la “grappe industrielle” (pour utiliser un vocable du milieu des affaires) se nomme l’ADISQ, association québécoise de l’industrie du “DISQUE”. Il me semble évident que l’industrie est celle de la “MUSIQUE”, la forme d’expression culturelle et non pas celle d’un format, d’une technique de reproduction et de distribution. Ce sont effectivement les nouveaux mécanismes de production, de reproduction et de distribution, rendus possible par les avancées technologiques des dernières décennies, qui viennent remettre en question la mécanique de rentabilité du marché. Marché qui était jusqu’à présent établi sur un modèle économique basé principalement sur le coût intial d’enregistrement professionnel, les frais de reproductions, de promotion et de distribution. La plupart de ces coûts ont été largement réduits par la technologie, il est connu que plusieurs artistes peuvent avoir dans leur laptop à 5000$ l’équivalent d’un studio d’il y a 20 ans (à peu de choses près).


Il me semble que l’industrie de la musique a son avenir tout tracé dans les fondements de ce qu’elle est réellement. Ces facteurs qui ne changent pas : le travail de découverte des talents, le talent lui-même des auteurs, compositeurs, interprètes et techniciens, la performance en spectacle et la promotion des artistes. Au contraire, les technologies de production et les réseaux ouvrent des portes incroyables et permettent une multitudes d’opportunités qui n’auraient pas pu exister auparavant.

J’aimerais vous partager un parralèlle intéressant, qui permet je crois d’ajouter un peu de perspective au débat. L’industrie du logiciel a certainement vécu (et continue de vivre) une crise importante avec l’arrivée des logicels libres. C’était une remise en question profonde du modèle économique et du marché du logiciel. Mais cette révolution avait pour racines des artisans passionés par le logiciel et qui se sont battus contre le système économique en place (certain diront le “cartel”). Cela non pas parce qu’ils voulait détruire ou dévaluer complètement l’oeuvre et la pratique du développement logicel, mais plutôt parce que c’était la seule manière à leur avis de permettre à une pratique qui leur était chère de se développement encore plus (et mieux)!

Ceci n’est qu’une amorce de réflexion, et je crois qu’elle s’applique tout aussi bien à l’industrie du cinéma qu’à celle de la musique, j’espère qu’elle pourra trouver bonne oreille parmis les vrais artisans de la musique et des entrepreneurs qui sauront voir dans les tumultes actuels une opportunité de succès plutôt qu’un échec inévitable…

PS. Pour ceux qui ignorent ce chapître palpitant de l’industrie du logiciel, je vous suggèle l’excellent documentaire : Revolution OS.

PPS. Il existe un groupe sur Facebook si vous désirez poursuivre la discussion et/ou adhérer à une opposition à la réglementation internet par le CRTC

MàJ : Clément Laberge suggère d’ouvrir un wiki pour soutenir les discussions autour de ce sujet. Si vous avez un bon nom de domaine à suggérer aujourd’hui, je vais ouvrir le wiki demain pendant le barcamp de Montréal (et en faire la promotion). J’aimerais que ça tourne autour du concept “soutenir la création, pas la règlementation”… Ou “on ne crée pas des esprits ouverts avec des réseaux fermés”… quelque chose du genre.

4 Commentaires

  1. cfd
    Posté le 2007/11/02 à 04:30 | Permalien

    Une chance que ta lettre est ouverte, j’ai tenté de leur envoyer un courriel, et visiblement ils ne doivent pas savoir ce que c’est puisqu’après deux jours, je n’ai eu ni réponse, ni accusé de réception… :)

  2. Posté le 2007/11/02 à 05:43 | Permalien

    Je me disais bien que l’ADISQ n’aurait pas envie d’avoir une “conversation” avec moi, que j’étais aussi bien de l’avoir avec d’autres!

  3. Posté le 2007/11/02 à 08:05 | Permalien

    bon… on va te donner le surnom de “serial wikifier”

    quelque remarques. L’ADISQ sonne mieux que ADISM, en plus du jeu de mots. mais c’est ce qui est sûr c’est que les membres de l’ADISQ sont encore dans le 20eme siecle.

    sinon moi je propose de faire un outil web de découverte de nouveaux musiciens au québec, un espece de myspace québecois (in french évidemment) mais ouvert comme amy street.

  4. Posté le 2007/11/02 à 09:17 | Permalien

    C’est l’ADISQ qui aurait dû penser à ouvrir un wiki pour écouter les propositions de ses principaux financeurs… nous autres consommateurs de biens culturels.

    En 2007, j’ai encore du mal à comprendre pourquoi nous sommes encore obligés d’avoir ce genre de discussion avec les maisons de disques. Depuis plus de 10 ans que les MP3 circulent sur Internet, ils n’ont pas remarqué que la galette argentée n’était plus dans le coup.

    Donnez-nous du spectacle et des vibrations au lieu de jouer les pères fouettard.

2 Trackbacks

  1. [...] Sylvain Carle, Martin Lessard et Roberto Rocha reprennent le débat sur ce que peut faire l’ADISQ (l’industrie québécoise du disque) face à la numérisation grandissante de l’œuvre musicale et la perte de leur part de marché. Ils semblent opter pour la réglementation du web via le CRTC afin de protéger leur marché. J’ai déjà écrit ici à l’ADISQ pour leur dire qu’ils se trompaient de cible à l’époque où ils traitaient les jeunes de voleurs. Ils ont au moins maintenant changé leur fusil d’épaule à ce propos et se tournent maintenant vers le CRTC afin qu’il trouve une solution miracle à leurs problèmes. Mais ils se trompent encore de cible.   [...]

  2. [...] ADISQ’s initial announcement on Internet regulation was vastly picked up last week by bloggers and the media. A facebook group, Against CRTC regulating the Internet, was created by Pierre Coté, with now 192 members. Sylvain Carle wrote an open letter to ADISQ, where he shows that the business model has changed for the music industry and that producers should focus instead on their core skills, which is finding, supporting and promoting talents. Michel Leblanc wrote that the market has changed, and that the industry should instead find new ways instead to sell music on the Internet.Michel Dumais gathered the posts, quotes and invited other bloggers to write about the situation. [...]

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