Texte écrit par une machine et lu par des robots, afin de dégonfler une fois pour toute (pas vraiment, mais c’est ma contribution) l’idée que l’internet ce n’est que “virtuel”.
Ça fait longtemps que je n’ai pas pris le temps d’écrire ici. Vraiment écrire. Quelque chose qui me tient à coeur. Dans l’avion vers San Francisco (sur Québécair, Northeast, Eastern, Western et Panamerican) je fais la lecture du Devoir du samedi, cahier société : “Le capital social et les arts vivifient et solidarisent les lieux urbains“. Wow, un vrai titre écrit tout juste pour m’accrocher on dirait bien, 5-6 concepts qui m’allument et me tiennent à coeur dans une seule phrase…
André Thibeault, professeur-chercheur au dépt. en loisir, culture et tourisme à l’UQTR et directeur à l’observatoire québécois du loisir, nous donne une belle définition du capital social : “C’est tout ce qui relève de la participation, de la réciprocité, de la confiance que les gens ont envers les autres (…)”. Après ça se gâte. Je ne sais pas pourquoi ça doit “se manifeste(r) par l’intermédiaire des organisations et des associations qui existent”. Il fait le pont avec les arts et la culture. Il parle de “gens réunis autour d’une toile sociale”. En puis vlan, le coup fatal : “En fait une sorte d’internet qui n’est pas virtuel”.
TABARNAK!
Je suis tanné de cette (fausse) conception de ce qu’est l’internet. Un livre, est-ce que c’est virtuel parce que l’histoire n’existe pas pour “de vrai”? Un téléphone, est-ce que c’est virtuel, parce que la personne à qui on parle n’est pas “vraiment” à côté de nous? La télévision est-elle virtuelle quand elle permet d’amener dans notre salon Marie-France Bazzo qui discute (sans trop comprendre de quoi elle parle) de Facebook avec des présumés experts sur le sujet? L’internet n’a rien de virtuel. Même les représentation tridimensionelles qu’on peut retrouver dans certains jeux/univers en ligne sont sommes toutes réelles puisque de “vraies” personnes s’y retrouvent.
Tant que les “élites intellectuelles” vont continuer de persévérer dans le mythe de “l’internet c’est virtuel donc pas important”, ils vont complètement manquer le bateau et leur analyse de la société sera de plus en plus décalée de la réalité. Cette rupture (prédite avec justesse par Michel Cartier il y a plus de 10 ans d’ailleurs) entre la société qui est sur le réseau et celle qui ne l’est pas s’accélère avec la montée de la génération des “natifs” et la déconstruction des structures sociales classiques. La religion, l’état, les clubs sociaux, les sports et même le téléroman (cf. Clay Shirky sur la “la télé est le gin de l’ère moderne) sont remis en questions en cette ère de l’individus et des politiciens hypermédiatisés (cf. McLuhan on Media tyranny). Ce qui est évident quand on prends le temps de considérer ce que les humains font sur les réseaux numériques (et bien réels) c’est que la reconstruction des structures sociales passe par l’entremise de l’élaboration d’un individu au sein de ses tribus (au pluriel parce que l’identité aujourd’hui c’est une mosaïque).
Ainsi, il m’est plus facile d’entrer en contact avec mon voisin passioné de littérature (tout comme moi) par le biais d’un forum sur internet qu’à la bibliothèque municipale au coin de la rue. L’un n’est pas au détriment de l’autre au contraire. C’est là que les sociologues pas tout à fait modernes font erreur. Les structures sociales qui se créent sur internet sont le meilleur complément aux structures classiques, parce qu’elle permettent une mise en relation nouvelle, impossible avant. Par ses qualités inhérentes (asynchronicité, proximité, découvrabilité), la construction sociale sur internet est appelée à devenir le moteur principal de toute construction humaine significative (locale/globale, intellectuelle et démocratique) pour la génération actuelle.
Pourtant, l’article porte une autre belle conclusion en son sein : “Cet artiste qui signe le réel, il me transmet à la fois les perceptions de moi-même, de mon milieu, de ma collectivité, ce qui sert à développer plus facilement ma consience du ‘nous’ et mon sentiment d’appartenance”. C’est EXACTEMENT ce qu’internet rends possible, encore plus qu’avant.
Et ça transforme l’économie, les médias, la démocratie, la société du 21ième siècle au complet.
Je pense que je dois aller relire sérieusement Debors, McLuhan et Cartier justement. Et Shirky et Pesce et Lessard aussi.
PS. Je sais que ça pourrait être pris pour du “techno-utopisme” comme point de vue, mais je crois sincèrement que la société de l’information telle qu’on la prédit depuis un siècle (Tofler) se réalise par la le réseau qui permet sa circulation. Et bien que se réseau ne soit pas encore à la portée de tous, il l’est de manière suffisante pour avoir un impact historique, l’époque est marquée, la société de l’information à connu son avènement avec internet.
PPS. Et je sais qu’il existe des problèmes humains graves, la faim, la guerre, la pauvreté, mais cette fois ci je vais prendre l’étiquette de technico-socio-utopiste avec joie, je suis convaincu que la transparence des marchées et la disponibilité de l’information amène vers plus d’égalité sociale. Je suis certain qu’on fini par trouver idiot l’idée de tuer avec une mitrailette le cousin de la fille dont le blogue de littérature étrangère nous passionne, même si on est dans un pays qui vit une époque trouble (et je me considère chanceux que ça ne soit pas mon cas). Bien qu’elle soit “réellement” de l’autre côté de la frontière et que c’est difficile de communiquer avec elle puisque sa langue n’est pas la mienne mais on s’arrange quand même. On pourrait même l’avoir vu sourire, virtuellement, comme ça
PPS. Ça fait du bien d’écrire. Je vous invite à faire de même.
16 Commentaires
Ça fait aussi du bien de lire ce très bon billet qui est BIEN RÉEL.
Il était une fois…
…une grenouille “techno-utopiste” dans une vallée!
C’est le titre d’un billet que j’aimerais avoir le temps d’écrire ce matin
Bravo!
À+
mwais, pas très consistant comme point de vue. Entre les approximations théoriques, les préconceptions englobantes (quelles élites intellectuelles? qui trouve encore que internet ce n’est pas important? à part des réacs de plus de 60 ans, je veux dire), il ne reste plus grand chose…
Pour préciser ce dont on parle, on peut commencer par dire qu’il n’y a pas de dimension morale au terme virtuel. Il n’est ni bon ni mauvais, il n’implique pas de manière intrinsèque que “ce n’est pas important”
En fait, le Virtuel ne s’oppose pas au Réel, mais à l’Actuel : quelque chose qui porte en lui une virtualité a besoin d’une actualisation pour se réaliser, comme par exemple l’action d’utilisateurs si on parle d’un site Web. En ce sens, Internet est effectivement virtuel, il porte un potentiel qui s’actualise à chaque fois que quelqu’un cherche un site particulier. Avant qu’un utilisateur demande cette info, la seule réalité, ce sont des bits d’informations sur des disques durs.
C’est un résumé assez rapide, et pas forcément très clair. J’encourage la lecture d’un bouquin de Pierre Lévy : “Qu’est-ce que le virtuel” à ceux qui voudraient aller plus loin. Dans la même veine que Toffler (socio-futurologue tendance prophétique) mais un peu mieux formalisé.
bonne lecture
Proulx, Serge et Guillaume Latzko-Toth. 2000. “La virtualité comme catégorie pour penser le social : l’usage de la notion de communauté virtuelle”, Sociologie et sociétés, vol. XXXII (2), Presses de l’Université de Montréal, Montréal, 2000, p. 99-122.
Également disponible en anglais ici
Je suis d’accord avec toi sur l’abus du terme “virtuel”. Par contre, je crois qu’il faut être prudent pour ne pas attribuer un poid trop grand à Internet en le considérant par exemple comme “le meilleur complément aux structures classiques”, ou en affirmant trop rapidement la déconstructruction de ces structures classiques. Les structures sociales “classiques” - en particulier l’État et le marché - sont encore très fortes et la plupart des gens ne vivent pas comme nous, à travailler dans des cafés avec leur laptop, ou à se promener entre les grandes villes connectées du monde.
Par ailleurs, en Afrique et dans beaucoup d’autres pays “pauvres”, les technologies émergentes, ce ne sont pas l’Internet ou le web 2.0, mais plutôt les SMS et le téléphone cellulaire. Et ça, à peu près personne ne l’analyse.
Tiens, ça tombe bien, le bouquin dont je parlais est dispo en ligne :
“Le virtuel possède une pleine réalité, en tant que virtuel.”
Gilles Deleuze, Différence et Répétition.
“La réalité virtuelle corrompt, la réalité absolue corrompt absolument.”
Roy Ascott, Prix Ars electronica 1995
Excellent.
Et excellent timing: je prépare une conférence qu’on m’a demandée sur les “Communautés virtuelles”, et ma priorité est justement de leur montrer qu’il n’y a là rien de virtuel. Merci de ta contribution.
En fait, ta comparaison avec le téléphone est parfaite: personne ne dit qu’il a eu une “conversation virtuelle” avec son chum, sa mère ou son boss. Le web aussi permet à des gens d’établir des contacts et des conversations.
Tout est déja dans le sous-titre de “Understanding Media”: The Extensions of Man. Les machines nous prolongent, c’est tout. Dans ce cas, elles nous rapprochent, c’est tout.
De toutes façons, les machines se miniaturisent et vont finir par s’effacer dans le paysage, dans nos vêtements, nos lunettes. Il ne restera alors que des gens, et il n’y a jamais eu que des gens.
Trés beau billet - l’internet n’a rien de virtuel et il fallait que cela soit dit aussi nettement que tu l’as fait.
Il n’y a là aucun techno utopisme, pour une raison simple : comme tout média l’internet n’est pas d’essence technique. Ce ne sont ni les capables, ni les protocoles, ni même les langages de programmation qui font l’internet, c’est la pratique de mise en contact et de discussion démocratique. Les mêmes outils auraient pu être utilisés de manière profondément différente si ceux qui les utilisaient avaient des habitudes et des valeurs profondément différentes.
Les technologies en elles-mêmes ne changent pas le monde, mais les valeurs et les cultures peuvent le faire. Internet et avant tout un système de valeurs et de cultures. Je crois qu’il va changer le monde, en effet.
Oui c’est vrai, mais faut-il les obliger à penser comme nous. Il restera toujours une portion de gens qui auront des pensées d’arrière pays.
Si on recule de 40 ans, c’était pour la télévision ces pensées rétrograde. Aussi loin que l’on peut reculer, c’est toujours la même chose.
Donc, je suis pour le fait que nous on évolue et tant pis pour les autres. Ils auront un jours ou l’autre le prix du dindon de la farce.
Bonne journée!
Bravo pour ce coup de gueule, Sylvain! (Mes félicitations n’ont rien de virtuel, d’ailleurs
D’un point de vue phénoménologique, on pourrait soutenir que n’est réel que ce qui est vécu par un être donné. En ce sens, il est possible, en effet, qu’Internet soit virtuel pour quelqu’un. Or, cela dénote un manque flagrant de réalisme en ce début de XXIe siècle
Cela me rappelle les vieux débats du début des années 1990 alors qu’on se demandait si une «présence sociale» existait sur les BBS et, quelques années plus tard, sur Internet.
Par ailleurs, j’assistais récemment à un colloque sur le développement régional et j’ai été abasourdi de constater que plusieurs se représentent le «réseau social» d’une communauté comme étant les seules interactions qui surviennent entre «les murs de la localité».
Bravo, ça fait déjà un bout que je m’évertue à dire la même chose quoiqu’avec moins de verve…
Les gens s’enlisent pour rien dans un combat “vie réelle” versus “vie virtuelle” (il est vraiment temps de cesser de voir l’usage d’internet comme “pas dans la vraie vie”), je suggère donc qu’ils lisent ceci:
“En opérant une distinction réel/virtuel, on dégrade instantanément internet, qui est censé être virtuel, c’est à dire étymologiquement irréel, faux. Amazon ou eBay sont-ils virtuels ? Nos connexions humaines sur Facebook sont elles différentes par nature d’un appel téléphonique ou d’un texto ? Pour moi la dichotomie fondamentale à l’oeuvre actuellement n’est pas virtuel/réel, mais plutôt en ligne/hors-ligne. Cette nouvelle dichotomie est bien plus pertinente à mon sens, pour comprendre le monde dans vers lequel nous nous dirigeons.”
(Thibaut Thomas, diplômé de Sciences Po d’Aix, interviewé dans Palpitt - Metablog, auteur d’un mémoire consacré aux réseaux sociaux en ligne (2007).
(source)
PS: et je suis flatté que je sois cité dans la même phrase que Shirky et Pesce
Je dirais même plus : l’internet est réel et immatériel et non pas virtuel.
J’ai trouvé un moyen simple, mais peu écolo, de rendre l’Internet réel pour le Pr André Thibeault. J’imprime cet article et je lui envoie par la poste. Il pourra toucher le grain du papier, sentir la cellulose et l’encre qui le composent et peut-être réfléchir à son origine virtuelle
Sérieux, si tu es techno-utopiste, je suis dans le même nuage. T”as su mettre en mots ce que je ressens depuis un bout. Nice.
Je viens de me rendre compte qu’un tout un paquet de commentaires n’avaient pas été publiés (ce que je viens de régler à l’instant, un mois plus tard!) merci pour vos perpsectives, c’est enrichissant comme dialogue.