Ici vous retrouverez mon texte pour le livre “Pourquoi Bloguer”, mon chapitre s’intitule “Bloguer pour se définir”.
Ce texte est un essai sur la construction de votre identité numérique (sur le réseau) par le biais de votre blogue. La parabole de la grenouille dans la vallée est offerte en introduction du texte. Cette version est la version longue, celle publiée dans le livre est un peu plus courte, manuscrit imprimé oblige (je ne suis pas habitué à ça)!
Mon chapître est maintenant disponible en version longue - Bloguer pour se définir (PDF)
Plus d’information sur le livre Pourquoi Bloguer (par ici!) et commander un exemplaire dédicacé de ma part (par là!).
Alors voici la première partie, intitulée “Il était une fois, une grenouille dans la vallée“.
Un peu à la manière d’une fable, l’auteur nous propose d’apprendre au fil de l’histoire quelques leçons de vie. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que le résultat de la sérendipité inhérente à l’exploration blogosphérique…
Il était une fois une grenouille, dans la vallée
Jadis, dans un passé fort, fort lointain, à l’époque ou l’internet n’était pas encore utilisé par ma mère pour m’envoyer des photos de mes enfants, à l’ère ou même le fait d’avoir un ordinateur à la maison n’était pas chose commune, je fût inoculé du virus de la communication en réseau. En fait, je dois l’avouer, ce ne fût pas un événement fortuit.
Un peu comme l’apprenti sorcier qui entre-ouvre la porte du laboratoire de son maître alors que celui-ci est parti cueillir de la rosée d’un matin de pleine-lune, j’ai découvert l’informatique à suivre les traces de mon père. Il travaillait dans une de ces grandes tour du centre-ville, à un étage ou l’entrée était restreinte aux détenteurs d’un code spécial pour déverrouiller les portes, un décor digne des films d’espionnages qui me fascinaient tant. J’ai souvenir des quelques visites ou j’ai pu m’imbiber de ces écrans aux caractères verts sur fond noir, aux machines avec d’immenses rubans magnétiques remplis de données que j’imaginais hiéroglyphiques, de ces claviers qui claquetais sans arrêts sous les doigts de mon père qui invoquait les commandes cabalistiques du mainframe
antique…
J’eus tôt fait de le convaincre (ou est-ce que ce fût l’inverse?) que l’acquisition d’une pièce d’équipement similaire pour le domicile familial ne saurait qu’être bénéfique à mon éducation qui suivait son cours, un peu laconique dois-je vous le confesser, afin d’ouvrir les portes du savoir et d’épancher ma soif de ces machines mystiques. Après tout, nous avions bien une console Atari, utile un tant soit peu pour la distraction des jeunots de la maisonnée, mais maintenant que je pouvais faire des parties parfaites de Pac-Man, de Space Invaders et de Frogger, l’intérêt envers ladite console allait en diminuant.
De plus, mon jeune frère commençait sérieusement à maîtriser la chose, mon statut de grand-frère avait besoin d’un nouveau terrain pour contenter son ego d’ainé. Je ne vous raconterais pas de quelle manière mon jeune frère au cours des années qui suivirent établit son ingéniosité de manière convaincante sur les bêtes à claviers que je tentais de dompter, je lui laisse le privilège de vous le raconter un jour s’il décide de se mettre à bloguer. Il suffit de dire pour conclure que dans notre domicile de banlieue sud des années quatre-vingt, le mot nerd n’avait pas encore fait son apparition officielle au dictionnaire mais quelques spécimens bien vivants étaient déjà en pleine croissance.
Trêve de nostalgie, je vous propulse chers lecteurs et lectrices au moment où, quelques génération d’ordinateurs maisons plus tard, une pièce d’équipement cruciale allait faire son entrée dans l’enclos de périphériques : un modem.
Petit aparté wikipédien avant de continuer :
Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.
Le modem (mot-valise de modulateur-démodulateur), est un périphérique servant à communiquer avec des utilisateurs distants. Il permet par exemple d’échanger (envoi/réception) des fichiers, des fax, de se connecter à Internet, d’échanger des e-mails, de téléphoner ou de recevoir la télévision.
Techniquement, l’appareil sert à convertir les données numériques de l’ordinateur en données analogiques transmissibles par une ligne de téléphone classique et réciproquement. Aujourd’hui dans le monde de la Voix sur IP ces données analogiques peuvent être également transmise dans une communication voix encodée sans aucun type de compression.
Tiré de http://fr.wikipedia.org/wiki/Modem
Un peu sèche comme définition, je me dois de consentir avec vous. J’aurais plutôt écrit « Le modem est un appendice technicomagistique qui permet (après certaines invocations appropriées) d’entrer en contact avec l’au-delà cybernétique qui s’avère populé d’individus tous plus intéressant les uns que les autres, à part les trolls, quoi qu’ils puissent être amusants pour un temps. ».
Le formalisme de ma définition peut laisser à désirer mais je me devais de ré-insulfer un peu de magie dans cet acte de connection viscérale à l’univers hyperlié, acte qui est aujourd’hui banalisé par la jeune génération encore à l’école. Banalisé au point qu’écouter la télévision est un acte plus exceptionnel que d’être en contact constant avec leurs amis sur le réseau. Pour une très large définition du terme « ami » qui plus est. Je me fais vieux et nostalgique je crois. M’enfin, poursuivons.
Il eu l’époque avant le modem et l’époque après le modem. Comme la découverte Kubrickienne d’un monolithe noir. 2001 l’odyssée de l’espace est d’ailleurs basé sur un livre d’Arthur C. Clark, un de mes auteur préféré et père de la citation suivante (traduction libre) : Toute technologie suffisament avancée est impossible à distinguer de la magie. Voilà, maintenant tout s’explique!
Je peux maintenant vous raconter comment j’ai créé mon blog, A Frog in the Valley en octobre 2000. Par contre, je ne pouvais pas dire exactement pourquoi à ce moment. Aujourd’hui, en rétrospective c’est très clair. À un point tel que je me permet d’écrire un chapitre à ce sujet dans un livre qui a pour mission de répondre à la question « pourquoi bloguer ».
Je crois que c’est une bonne chose d’avoir quelques réponses consignées dans un format formel. Mais je dois vous dire, je n’avais absolument aucune idée dans quoi je m’embarquais le premier jour ou j’ai commencé à publier mes hyperliens et opinions sur internet. Et je crois que ce fût une bonne chose. J’espère que mon introduction fût assez non-didactique pour vous. C’était l’objectif. C’est bien d’être un peu désarçonné à l’occasion. J’espère que vous être d’accord avec moi, sinon vous allez trouver mon chapitre un peu long!
Ainsi j’ai créé mon blogue A Frog in the Valley lorsque j’étais en Californie, dans la Silicon Valley, afin de partager mes trouvailles techniques mais surtout, rester en contact avec quelques amis à Montréal. Ce qui est arrivé par la suite me surprends encore aujourd’hui… non seulement j’ai pu garder contact avec mes amis, mais j’ai rencontré des gens vraiment intéressant par mon blogue, des inconnus du réseau au début, des voisins de blogue, j’apprends toujours énormément et mon blogue fait maintenant partie du coeur de mon identité professionnelle. En presque 7 ans, j’ai changé de travail 4 fois, mais les gens peuvent toujours me retrouver avec mes opinions au www.afroginthevalley.com!
Au commencement était le verbe
La parole. Les mots en tout cas. La plupart des gens qui bloguent aujourd’hui peuvent assez facilement attribuer la naissance de leur propre petit coin de cyberespace à un blog en particulier, ou à un individu qui aura donné le coup de pied au derrière suffisant pour se jeter en bas du nid. Ainsi avant d’écrire, il faut lire. Lire des blogues. Des livres aussi c’est très bien, mais ce n’est que le début. Pour ma part, le premier blogue que j’ai lu assidûment (plusieurs fois par jour!) était celui de Dave Winer de www.scripting.com, qui en plus d’être une source incroyable de liens et d’idées était aussi le blogue d’un des premiers créateur d’outil spécifiquement adapté à cette pratique émergente, nommé encore à l’époque : weblog.
Le petit déclic, l’étincelle qui fait démarrer votre blogue, elle surgit au sein de l’expérience du blogue. De contact avec son auteur. Au commencement était le Blogue, et le Blogue était de son Auteur, et la Blogue était son Auteur. C’est la la première loi immuable du blogue selon St-Grenouille-Dans-La-Vallée. Un blogue est son auteur. On écrit pas un blogue de manière objective. On peut tenter de le faire, mais ce blogue sera sans âme, sans lecteurs et sans intérêt. En fait, j’ai bien beau me réclamer haut et fort des lois immuables du blogue, je devrais quand même attribuer ma propre épiphanie au quadriumverat des auteurs du Cluetrain Manifesto (le manifestes des évidences en français). Si vous ne connaissez pas le Cluetrain Manifesto, arrêtez toute de suite la lecture de ce livre et allez le lire.
Hum, ok, si je vous mets un petit extrait ici et que vous prenez le temps d’y réfléchir un peu, vous pouvez continuer votre lecture ici, ça va. Vous allez voir, on va même commencer à basculer dans le monde des affaires avec ces quelques thèses (ah, enfin, vous dites, il était temps!). Je vous offre les douze premières thèses.
Les 12 thèses initiales du Cluetrain Manifesto
1. Les marchés sont des conversations.
2. Les marchés sont constitués d’êtres humains, non de secteurs démographiques.
3. Les conversations entre humains sonnent de façon humaine. Elles sont menées sur un ton humain.
4. Que ce soit pour discuter d’information, d’opinions, de perspectives, d’arguments opposés ou humoristiques, la voix humaine est typiquement ouverte, normale, et naturelle.
5. Les gens se reconnaissent entre eux grâce au son même d’une telle voix.
6. L’Internet permet des conversations entre êtres humains qui étaient tout simplement impossibles à l’ère des masse-média.
7. Les hyperliens renversent la hiérarchie.
8. Au sein des marchés interconnectés, et des employés intraconnectés, les gens se parlent entre eux d’une puissante nouvelle façon.
9. Ces conversations en réseau permettent à de puissantes nouvelles formes d’organisation sociale et d’échange de connaissance, d’émerger.
10. Résultat, les marchés deviennent plus intelligents, plus informés, plus organisés. La participation à un marché en réseau change les gens fondamentalement.
11. Les personnes dans un marché en réseau ont compris qu’elles obtiennent des informations et une aide bien meilleures, les unes des autres que des vendeurs. Autant pour la rhétorique corporatiste pour ce qui est d’ajouter de la valeur à des produits de base.
12. Il n’y a pas de secrets. Les marchés connectés en savent plus que les entreprises sur leurs propres produits. Et que et que ce qu’ils découvrent soit bon ou mauvais, ils le répètent à tout le monde.
À l’ère des individus en réseau, les blogues sont en émergence précisément parce qu’il supportent les activités principales des individus en réseau: lire, réfléchir, échanger, apprendre, partager. S’exposer, risquer, explorer, se questionner, se remettre en question, élargir ses horizons. Les blogues permettent d’investir dans la richesse intellectuelle du siècle présent: le capital social. Et pour les grandes entreprises, ils offrent enfin un visage humain crédible et personnel. Cet étrange mélange de vie professionnelle et personnelle, cet éclectique cocktail d’opinions et d’hyperliens, pourquoi pas? Lors de votre dernier rendez-vous d’affaires, n’avez-vous parlé que de votre offre de services? Comment avez-vous cassé la glace? De quoi avez-vous parlé au café après le lunch, une fois les affaires conclues? De vous!
C’est normal, c’est social, c’est même poli de le faire. «Et comment va ta fille?» «Et Jacques, il va bien, ça fait une paye que je ne l’ai pas rencontré, il travaille toujours chez vous?» «Et la dernière fois, tu me parlais de votre déménagement au bureau; est-ce que ça c’est bien passé»? Ces intersections de conversation, ces incursions en surface des gens que nous croisons quotidiennement, les conseils demandés amicalement sont le tissu social qui permet les affaires.
Plusieurs vous le diront, en affaires «qui tu connais» est aussi important que «ce que tu connais». Les carnets offrent cette opportunité de «connaître» plus de gens, de plus de milieux. Ils remplacent en quelque sorte le perron de l’église d’antan ou le magasin général. Imaginez ces conversations, multipliées par 10, 100, 10000, 1000000, archivées, inter-reliées, référencées, commentées, ouvertes… c’est ça la carnetosphère (de l’anglais blogosphere). C’est le réseau social le plus riche de l’histoire et aussi le plus ouvert.